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"Un an après la sortie de Trump de l'Accord de Paris, le slogan "Make Our Planet Great Again" de Macron est resté lettre morte"

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TAFTA: cinq premiers enseignements des documents révélés par GreenpeaceEmmanuel Macron et son gouvernement ont révélé leur véritable nature : prononcer des discours écolos offensifs à l'international et ne pas les mettre en œuvre au niveau national.

Le 1er juin 2017, le président américain Donald Trump annonçait son intention de faire sortir les Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat. À peine quelques secondes plus tard, Emmanuel Macron lançait un tapageur et super efficace "Make our planet great again", s'auto-propulsant comme le meilleur rempart international face au négationnisme climatique incarné par Donald Trump.

Macron_One_Planet_Summit

À l'heure où l'image compte autant, si ce n'est plus, que les actes, Macron est ainsi devenu l'anti-Trump gardien de l'intégrité de l'Accord de Paris, adoubé par la presse internationale et les faiseurs d'opinion. De New York à Davos, en passant par Saint-Louis au Sénégal, il n'a d'ailleurs manqué aucune occasion pour entretenir cette image flatteuse au cours de l'année écoulée.

L'heure d'un premier bilan a sonné

Les optimistes notent avec empressement que l'Accord de Paris, qui porte sur la période post-2020, n'est pas mort malgré le départ programmé des États-Unis. Ils ajoutent que la majorité des pays ont confirmé leurs propres engagements et que de "solides oppositions" se sont constituées pour s'opposer à Donald Trump, y compris aux États-Unis où un regroupement de collectivités territoriales et d'entreprises laissent entendre qu'une partie des États-Unis se sent toujours engagée par l'Accord de Paris (alliance "We are still in").

Les plus réalistes répondront que la dynamique autour de l'Accord de Paris s'est, a minima, enrayée. Les négociations quant à sa mise en œuvre effective patinent dangereusement. Le fossé entre les engagements de réduction d'émissions de gaz à effet de serre (GES) annoncés en 2015, et le niveau qu'ils devraient atteindre pour contenir le réchauffement climatique mondial en deçà des 2 °C, est abyssal. Et personne ne semble pressé de le combler malgré les promesses en ce sens.

Pas plus Emmanuel Macron que les autres dirigeants de la planète. Dans les moments difficiles, on attend pourtant d'eux qu'ils prennent des décisions courageuses et visionnaires. Malheureusement, les États, France et Union Européenne (UE) compris, n'ont pas profité de la COP 23 en octobre dernier pour expliquer comment ils allaient désamorcer la bombe climatique.

«Nous payons aujourd'hui le prix des limites intrinsèques de l'Accord de Paris qui n'a pas été doté de dispositifs suffisants pour réguler et contrôler les États récalcitrants – à peu près tous aujourd'hui.»

Ce refus de toute contrainte internationale et la préférence donnée à des engagements volontaires déconnectés des objectifs globaux dont on ne cesse de s'éloigner, précipite l'aggravation du réchauffement climatique.

Face à l'inertie globale, des initiatives décentralisées?

A ce constat alarmant, certains préfèrent insister sur les initiatives prises par les collectivités territoriales, les entreprises et les habitant.e.s. Puisque le niveau international n'est plus moteur, resterait à encourager les initiatives décentralisées, d'où qu'elles viennent. Ne soyons pas dans le déni. Ces initiatives, bien que disparates, sont souvent – mais pas toujours – intéressantes et bienvenue, comme celles qui sont mises en lumière par Alternatiba.

Mais ne soyons pas naïfs pour autant. Que peut la juxtaposition de ces initiatives alors que les règles qui organisent et régulent l'économie mondiale, cette formidable machine qui réchauffe la planète, détruit la biodiversité et fragilise les écosystèmes, n'ont pas été modifiées pour tenir compte de l'impératif climatique? Que peuvent ces initiatives lorsqu'Emmanuel Macron entérine la mise en œuvre du CETA, cet accord UE-Canada visant à libéraliser le commerce et l'investissement qui a été déclaré comme n'étant pas climato-compatible par les experts qu'il a lui-même nommés?

Une forme de schisme de réalité s'est en effet instituée entre le champion du climat qu'Emmanuel Macron incarne à l'échelle internationale et la teneur des politiques menées sur le plan domestique. Les exemples sont nombreux. Alors qu'une loi d'interdiction de l'exploration et de l'exploitation des hydrocarbures sur le territoire national a été votée en décembre 2017, le gouvernement introduit des exemptions pour poursuivre l'exploitation au-delà de 2040 et confirme le droit pour Total de poursuivre ses explorations au large de la Guyane.

Vert à l'extérieur, insipide à l'intérieur !

Du refus de confirmer dans la loi l'interdiction du glyphosate à l'autorisation d'exploiter la Montagne d'or en Guyane, en passant par le soutien indéfectible du gouvernement pour des projets non climato-compatibles (EuropaCity, autoroutes à Strasbourg ou Rouen, etc) ou le refus d'interdire l'importation d'huile de palme (raffinerie Total de la Mède), Emmanuel Macron et son gouvernement ont, en moins d'un an, révélé leur véritable nature : prononcer des discours écolos offensifs à l'international et ne pas les mettre en œuvre au niveau national.

«Quand les équilibres de la planète sont prêts à rompre, quand le seuil de l'irréversible est sur le point d'être franchi, comme le reconnaît d'ailleurs Emmanuel Macron, et quand la première puissance de la planète plonge dans le déni climatique, on attend pourtant un véritable sursaut politique. »

Malheureusement, ce sursaut politique ne vient pas. Pas plus à Paris qu'à Berlin, Tokyo ou Pékin. Il n'est pourtant pas trop tard pour enterrer les politiques climaticides plutôt qu'enterrer, comme certains le préconisent désormais – sans en mesurer les conséquences – "l'objectif des 2°C".

Comment faire?

Arrêter de repousser à plus tard ce qui devrait être fait aujourd'hui. Ne plus fixer des objectifs lointains, cette grande spécialité de Nicolas Hulot et Emmanuel Macron, sans qu'il ne soient immédiatement mis en oeuvre. Accepter de changer les règles du jeu et ne pas s'appuyer uniquement sur les bonnes volontés. Quitte à ce que cela perturbe le jeu économique et les intérêts des multinationales et des lobbys.

Le défi est immense, mais si décisif pour notre avenir : trouvons donc les voies juridiques, politiques, sociales pour empêcher des régressions aux effets irréversibles et mener à bien une transition énergétique qui est sans cesse reportée. "Si nous ne faisons pas l'impossible, nous devrons faire face à l'impensable! » disait un penseur écolo nord-américain. Il est temps de s'y mettre.

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Maxime Combes

@MaximCombes sur twitter

Edité par Maria Piedad Ossaba

Source : HuffPost, le 1 juin 2018


 

 

 
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