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Paraguay : Frente Guasú, PLRA et mouvement populaire

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aut_6024BisAvant la fin de son mandat, qui s’achève le 15 août, le président Horacio Cartes a voulu rendre hommage à Israël en allant personnellement inaugurer la nouvelle ambassade du Paraguay à Jérusalem le 21 mai. Les observateurs politiques n’ont pour la plupart pas accordé une grande importance à cette énième génuflexion de Cartes, qui, comme celle du président guatémaltèque Jimmy Morales, n’est en réalité rien d’autre qu’une manoeuvre diplomatique destinée à consolider leurs rapports politiques avec les maîtres du Département d’État US et donc de s’assurer le silence de la DEA [Drug Enforcement Administration, organisme chargé de la lutte contre la drogue, NdT] et du FBI.

Horacio Cartes avec Raul Castro en 2014...

...et avec Onc’ Donald en 2017

En effet, le nom d’Horacio Cartes est depuis plusieurs années souligné en rouge dans les rapports de la DEA,  car il est considéré comme la “… Cabeza del ilícito en la Triple Frontera” (l’éminence grise de l’économie illégale de la  Triple Frontière[1]). C’est-à-dire la région du Paraguay limitrophe du Brésil et de l’Argentine et qui a accueilli ces vingt dernières années les centres administratifs des cartels de narcotrafiquants qui exportent la pâte de coca et la marijuana, dirigent la contrebande de cigarettes et de matériel électronique, le marché clandestin des armes, la contrebande de diamants, d’émeraudes et d’or, et certaines banques spécialisées dans le blanchiment des activités financières de l’économie souterraine et des capitaux exportés illégalement depuis le Brésil, l’Argentine, le Chili, le Pérou, la Colombie, l’Équateur et le Venezuela. La plus active d’entre elles est la Banco Amambay, aujourd’hui rebaptisée  Banco BASA, dont Cartes est le propriétaire.

Le journal paraguayen 'ABColor' d'Aldo Acero Zuccolillo (1) a dénoncé publiquement les activités financières légales et illégales d'Horacio Cartes. Le 17 avril 2013, une semaine avant les élections présidentielles, il a publié un reportage explosif attaquant Horacio Cartes (2), dans le but de boycotter sa candidature aux élections présidentielles. Plutôt qu'une enquête journalistique, ABColor a réalisé un collage de tous les dossiers de la DEA, ainsi que de ceux des services de renseignement paraguayens, la DIE (armée) et le DI (ministère de l'Intérieur). Des dossiers qui ont dévoilé les côtés obscurs de la carrière d'Horacio Cartes, bien qu'ils n'aient pas pu empêcher son élection.

Cependant, les documents publiés par ABColor ont permis de soupçonner que la passion soudaine de Cartes pour la politique et le Partido Colorado lui a été en fait suggérée par ses avocats afin de neutraliser toutes les enquêtes judiciaires dont il faisait l’objet. De fait, pour devenir le candidat du Partido Colorado [Parti “Rouge”, NdT], il a créé en 2008 la fondation Ramon T. Cartes, puis en 2009, a divisé les rangs des "colorados", en créant le groupe politique "Movimiento Honor Colorado" qui, à coups de pots-de-vin et de chantage, lui a permis de contrôler le parti et d’être désigné comme candidat présidentiel du Parti “Colorado" pour les élections de 2013.

Le coup d'État juridique et la trop faible réaction du mouvement populaire

Après son élection, toutes les enquêtes judiciaires dont il faisait l’objet se sont soudain évaporées, bien que le journal La Nación soit revenu à plusieurs reprises sur la procédure judiciaire concernant Horacio Cartes. Extraits : “En 1985, il a été accusé de fraude contre l'État pour avoir fait disparaître 34 millions de dollars. En 1987, il a été arrêté et détenu à la prison de Tacombú et condamné en première instance, réussissant à faire s’éterniser le procès en appel. En 2008, lorsqu'il s'est rapproché du Parti Colorado, sa condamnation pour évasion fiscale a été annulée par la Cour. Il faut noter que les 34 millions de dollars susmentionnés, dissimulés à l'État, ont été utilisés pour monter une série de sociétés qui ont contribué à la création de son empire, qui comprend la banque Banco Amambay S.A., le fabricant de cigarettes Tabacos del Paraguay S.A., l'usine de boissons Bebidas del Paraguay S.A. et la Distribuidora S.R.L., représentante au Paraguay de la marque de bière US Budweiser (Bud)”. Citons aussi la firme Pulp y Max, créée pour l’exportation aux USA de jus de fruits produits au Paraguay.

Horacio Cartes est connu de la DEA pour ses liens avec le narcotrafiquant brésilien Milton Machado, lié au “grand capo de Rio de Janeiro” Fernandinho Beira Mar. En 2000 on a trouvé 347 kg de marijuana et de cocaïne dans un avion parqué sur la piste d'atterrissage d’une de ses plantations. En 2002, le journal La Nación a révélé que Horacio Cartes avait des relations avec le chef de la mafia “brasiguaya” (2), Fadd Jamil, à qui il a acheté 12 000 hectares de terre avec toutes les fermes et les entreprises agricoles qui s’y trouvaient. En 2003, la police fédérale et le ministère des Finances (Receita Federal) du Brésil ont ouvert une enquête contre la Banco Amambay, l'accusant d’ “exportation illégale de dollars et de 35 millions de Reais [=8 millions d'euros] du Brésil vers le Paraguay “ (3).

En 2003, le journal La Nación, encore lui, a rendu compte des résultats d'une opération antidrogue qui a abouti à la saisie de 16 tonnes de marijuana dans la zone de la ferme "La Fortuna", propriété d’ Horacio Cartes. Ensuite, en 2004, un avion bimoteur s’est écrasé à l’atterrissage sur une plantation appartenant à Cartes. À côté du corps du pilote, la police a trouvé 210 kilos de cocaïne ! La même année, les inspecteurs de la Direction des Douanes argentines ont accusé la société de Cartes Tabacos del Paraguay S.A. de promouvoir la contrebande des cigarettes "Rodeo" vers l’Argentine.

C'est pourquoi, en 2009, la DEA a réalisé l'opération "Corazón de Piedra" (Cœur de Pierre), infiltrant quelques agents dans la région de la Triple Frontera. Ceux-ci ont confirmé qu’ Horacio Cartes était devenu le "parrain" du recyclage des actifs financiers des différents groupes mafieux, mais sa direction n'a pas levé le petit doigt contre Horacio Cartes. Celui-ci a été malmené en 2010, quand Wikileaks a publié les e-mails "confidentiels" de la DEA. Malheureusement, les révélations scandaleuses de La Nación et de WikiLeaks n'ont eu aucune répercussion judiciaire, puisque les chefs du Département d'État et le Parquet général du Paraguay ont jeté le voile sur l'affaire Cartes, qui était, à l’époque, non seulement le candidat officiel du Parti Colorado, mais aussi le principal avocat du coup d'État judiciaire contre le président progressiste Fernando Lugo !

Aujourd'hui, Horacio Cartes est le maître absolu du Partido Colorado, à la tête duquel il a très facilement réussi à faire élire Mario Abdo Benitez, un membre de l'aile la plus conservatrice du parti, qui n'a jamais accepté l'« ouverture démocratique » qui a contraint le dictateur Alfredo Stroessner à mourir en exil au Brésil. Il faut noter que Mario Abdo Benitez – lui aussi ami fidèle des USA - est le fils du secrétaire particulier du dictateur Stroessner !

Marito" (Mario Abdo Benitez), vainqueur des élections du 22 avril

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La Grande Alliance Nationale Renovée entre le Frente Guasú et le PLRA

Avant les élections d'avril, il y a eu un grand débat au sein des partis qui composent le Frente Guasú, car beaucoup de factions de ces partis ne voulaient pas reconduire l'alliance avec les libéraux du PLRA (Parti Libéral Radical Authentique), en raison du vote des sénateurs de ce parti en 2012 en faveur de la destitution du président Fernando Lugo.

Finalement, c’est la formation d’une alliance électorale avec les libéraux du PLRA, appelée Gran Alianza Nacional Renovada, qui a prévalu, motivée par la nécessité de contrer l'hégémonie du Partido Colorado, après la victoire électorale en 2013 d'Horacio Cartes. Une victoire dont les conséquences ont été l’aggravation de la pauvreté au Paraguay, l'explosion de la dette publique, l'adoption de programmes libéraux destructeurs, la montée de l'économie illégale et l'impunité accordée aux corrompus et aux clans de narcotrafiquants.

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Le développement problématique du “Cartisme” dans le parti Colorado et son résultat, l’essor d'un capitalisme sauvage et insensé au Paraguay, a favorisé la reprise de conversations sur une alliance électorale entre le Frente Guasú et le PLRA. De fait, grâce au Cartisme, le Partido Colorado a retrouvé le caractère de bloc réactionnaire et conservateur de ses origines, menant à la disparition des "colorados democraticos", c'est-à-dire des 7 ou 8 parlementaires qui votaient en faveur des propositions de loi "démocratiques" présentées par le PLRA ou le Frente Guasú.

Cependant, il n'a pas été facile de trouver un accord électoral car certains groupes du PLRA voyaient d’un mauvais oeil le comportement ambigu des partis du Frente Guasú lors de la dernière élection municipale à Asunción. Finalement, un accord en vue de présenter un candidat unique à l’élection présidentielle a été conclu, donnant le coup d’envoi à la campagne de la Gran Alianza Nacional Renovada avec Pedro Efrain Allegre Sasain, qui n'a rien à voir avec Federico Franco, qui avait appuyé le coup d'État contre Fernando Lugo.

Le tandem composé d’Efrain Allegre du PLRA et d’Hermes Leonardo Rubin Godoy, du Frente Guasú, candidat au poste de vice-président a effectivement atteint son but, puisque les "colorados" ont eu du mal à faire élire Mario Abdo Benitez à la présidence. De plus, pour la première fois dans l’histoire du Paraguay, ce parti ne dispose pas de la majorité absolue. En fait, le parti Colorado a recueilli 1 206 530 voix (46,44 %), obtenant 17 sénateurs, 42 députés et 13 gouverneurs. La Gran Alianza Nacional Renovada, avec 1.109.309 voix (42,74%), a obtenu 22 sénateurs (majorité au Sénat), 30 députés et 4 gouverneurs. [Le Paraguay est divisé en 17 départements -plus la capitale-, ayant chacun un gouverneur à sa tête, NdT]

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Lugo et Robin

Les propositions de politique économique du Frente Guasu et le populisme des colorados

Immédiatement après la victoire de Cartes en 2013, il y a eu une sorte de débandade politique dans le camp des forces progressistes, Horacio Cartes ayant fait un discours ambigu, promettant d'analyser les propositions de l'opposition ".... pour le bien du Paraguay...". Ce comportement, en un sens, a provoqué des réactions très confuses chez la plupart des parlementaires libéraux et aussi chez ceux du Frente Guasú qui ont cru à cet armistice politique, et aussi parce que Cartes avait la majorité absolue au Parlement.

En fait, au bout des premiers mois, tout le monde s'est rendu compte que le programme Cartes avait deux objectifs : a) renforcer son groupe Movimiento Honor Colorado, pour mieux contrôler le Partido Colorado ; b) diviser le Parti libéral pour ensuite y provoquer une scission. En effet, sept membres du PLRA, bien qu'ils se proclament de véritables libéraux radicaux et soutiennent toutes les directives de la direction du parti, votent toujours en faveur des propositions de loi présentées par les membres du Groupe Cartes au Parlement.

Quand tout le monde s'est rendu compte que le programme économique d'Horacio Cartes était un véritable désastre qui avait fait exploser, avec une augmentation de 109%, les records historique de la dette extérieure, les propositions du  Frente Guasú sont devenues la seule alternative viable pour le Paraguay. En effet, le taux d’imposition du Paraguay est le plus bas d'Amérique latine et le volume de la fiscalité n'atteint pas 20 % du PIB. Dans d'autres pays d'Amérique latine, il est de 30%, alors qu'au Brésil, il est même de plus de 40% ! Cela signifie que les secteurs exportateurs de l'industrie agroalimentaire, c'est-à-dire les propriétaires fonciers qui ont transformé des régions entières du Paraguay en zones de monoculture, pour la culture du soja, du coton ou du maïs, devraient payer plus de taxes. Tout comme l'industrie de la cigarette, qui est l'une des grandes affaires "légales" d'Horacio Cartes. Dans le même temps, le Frente Guasú propose de renforcer les structures de contrôle de la production industrielle destinée à l'exportation, étant donné que de nombreux hommes d'affaires paraguayens effectuent leurs exportations par le moyen de la contrebande régionale. De cette façon, ils échappent aux faibles impôts prévus par l'État.

Si le Paraguay disposait d'un système fiscal plus efficace, la dette publique serait également plus faible, ce qui permettrait aux gouverneurs de mettre en œuvre davantage de projets sociaux, de moderniser le système de santé publique et de sécurité sociale. En pratique, l'État paraguayen s’est endetté jusqu'au cou pour assurer le fonctionnement de l'administration publique et les programmes de développement. Cependant, n'ayant pas de couverture fiscale adéquate, il a été obligé de contracter de nouveaux emprunts pour combler le déficit du budget annuel et payer les intérêts sur la dette. Dans la pratique, sous le gouvernement du président Cartes, le Paraguay est allé jusqu'à "brader" les obligations d'État pour solliciter d'autres prêts pour pouvoir payer les intérêts des emprunts précédents !

Pour ces raisons, lors de ces élections, le Frente Guasú a dénoncé avec beaucoup de sérieux et de compétence l’état chaotique de la dette que le pays a contractée à l’étranger, réussissant à sensibiliser de nombreux secteurs de la société paraguayenne qui acceptaient ordinairement le diktat des "colorados". Aujourd'hui, tout le monde reconnaît que le débat sur la dette a joué un rôle crucial dans la confiance accordée à la Grande Alianza Nacional Renovada par 42% de l’électorat.

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Le Frente Guasu et la réunification de la gauche

Au Paraguay, la gauche, ainsi que les partis progressistes qui suivent les traces de la social-démocratie, ont été et continuent d'être fragmentés, sectaires et très personnalistes. L'évolution, puis la scission, du P-MAS est peut-être le meilleur exemple pour comprendre comment fonctionnent les partis progressistes et de gauche au Paraguay.

Il ne faut pas oublier que les décennies de dictature ont contribué à créer cette situation, en imposant le faux bipartisme « colorados » contre « liberales », un système toujours contrôlé par le dictateur Alfredo Stroessner et ses forces de police.

Le Frente Guasú est né et s’est défini en termes politiques, sous le gouvernement de Fernando Lugo, comme un contrepoids au parti des "Libéraux Authentiques Radicaux" du PLRA. Au départ, l'idée de promouvoir un front de forces progressistes diversifiées a prévalu. C'est-à-dire des groupes, partis ou mouvements généralement d'opposition qui ne s’accommodaient pas de la permanence de l'hégémonie des "colorados" après le retour de la démocratie. Le front a donc commencé à rassembler les quelques survivants des groupes engagés dans la lutte armée contre la dictature, les nouveaux mouvements de jeunesse désireux de participer au développement de la démocratie, les secteurs catholiques liés aux prélats de la Théologie de la Libération, le nouveau syndicalisme de classe, les différentes ligues paysannes et les associations de quartier. C'est pourquoi l'ancien président Fernando Lugo a déclaré à plusieurs reprises que : "le Frente Guasú a été et reste un projet historique qui cherche à réunifier la gauche dans une mer de diversité !»

Malheureusement, les forces de la gauche paraguayenne n'ont pas l'expérience politique nécessaire pour s’atteler à la construction d'alternatives, comme l'ont fait le Frente Amplio en Uruguay et la nouvelle Alliance socialiste au Chili. Avec le Frente Guasú, on a l’impression de revenir à l'époque de la fondation du PT brésilien, où étaient présents tous les groupes de gauche, du centre-gauche et catholiques progressistes, sans toutefois réussir à créer une véritable unité, puisque le Partido dos Trabalhadores-PT s'est transformé en une fédération de petits partis, mobilisés quotidiennement dans la fameuse "lutte interne".

Cette situation a cependant trouvé une solution grâce à Fernando Lugo qui, se plaçant au-dessus des différentes étiquettes de partis, a proposé la création d’un front politique unitaire, où les différentes composantes politiques peuvent se confronter, dans le but précis de construire l'unité de la gauche.

Sans la médiation de Fernando Lugo, il est difficile d’envisager d'autres alternatives, aussi bien parce que les tentatives d'unification promues par le P-MAS (Parti-Mouvement au Socialisme), par Avanza Pais et par le Partido Febrerista, ont toutes échoué. Pour cette raison, le Frente Guasú, sous la direction de Fernando Lugo, reste l'alternative la plus crédible.

Lorsque le vice-président, le libéral Federico Franco, a proposé la destitution du président Fernando Lugo au Parlement, le Parti libéral PLRA était déjà en parfaite accord avec les "colorados". En d'autres termes, l'affrontement armé entre la police et les paysans dans la ville de Curuguaty, suivi des représailles sanglantes exercées par la police, n'était qu'un motif de façade pour légitimer cette destitution. En effet, avant le déplorable incident de Curuguaty, le président avait d'abord été contraint de démettre le ministre de l'Intérieur, Carlos Filizzola, et ensuite le ministre de la Défense, le général Luis Bariero Spaini, qui étaient les seuls "libéraux constitutionnalistes" qui auraient pu étouffer le complot de ceux qui projetaient le coup d'État. Un projet subversif qu'ils avaient déjà découvert et dénoncé au Président lui-même, qui ne les a malheureusement pas crus.

Par conséquent, lorsque le mécanisme de la mise en accusation a été mis en marche, le mouvement populaire n'a pas été en mesure de riposter de façon immédiate et adéquate contre les putschistes, bien que dans la capitale, Asunción, il y ait eu une mobilisation immédiate des avant-gardes politiques des différents partis. Cependant, il n'a pas été possible d'organiser la grande masse des paysans qui vivaient à l'intérieur du pays et de les faire converger sur la capitale. Ce retard a été causé par le climat politique qui régnait dans la capitale, Asunción. En effet, le président Lugo, pour sauver son alliance avec les libéraux, avait fait de nombreuses concessions qui avaient alors démoralisé le mouvement populaire : nommément, la loi sur les privatisations, la nouvelle ordonnance sur l’ordre public, les accords avec l'USAID et les nouveaux rapports avec le Département d'État, qui a convaincu Lugo de démettre le Ministre de la Défense, le Général Luis Bariero Spaini, qu’Hillary Clinton accusait d'être un putschiste chaviste !

Dans le même temps, le retard pris dans les discussions sur la réforme agraire, et de nombreuses autres promesses électorales non tenues par le gouvernement progressiste de Lugo, avaient contribué à démobiliser le mouvement populaire, qui ne s'identifiait plus au gouvernement. C'est la raison principale du manque de mobilisation du mouvement populaire et, en particulier, des différentes ligues paysannes. En effet, lorsque le mouvement a commencé à redémarrer, le Sénat avait déjà voté la destitution, et les forces armées et la police occupaient militairement la capitale. Par exemple, lorsque les manifestants ont voulu occuper les studios de télévision de TVPP (Televisión Pública de Paraguay), ils ont trouvé les services spéciaux de police (Grupo Especial de Operaciones) déjà parfaitement installés dans les locaux, prêts à tirer sur les manifestants. Les unités des Forces armées, sur le pied de guerre, avaient agi de même : elles s’étaient déployées devant le Parlement, encerclant le Palais présidentiel et contrôlant tous les carrefours des principales artères.

Il ne faut pas oublier l’énorme manipulation de la part des médias, qui ont réussi à démolir l'image charismatique de Fernando Lugo, ainsi que celle de son gouvernement. En pratique, ce fut un authentique coup d'État, comme celui qui a eu lieu au Chili en 1973, à la différence près qu'il n'y a pas eu de répression au Paraguay, car grâce à la trahison des parlementaires libéraux, les millions d'électeurs du PLRA, qui avaient voté pour Fernando Lugo, sont restés à la maison à regarder la télévision !

 

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Une famille de Brasiguayos partisans des Colorados, apparemment d'origine allemande, exprime son soutien à Horacio Cartes lors de la campagne de 2013.

Réforme agraire, "Brasiguayos", narcotrafiquants et économie illégale

La réforme agraire, ainsi que l’impôt sur les propriétés des nouveaux propriétaires terriens, c'est-à-dire les enfants des émigrants brésiliens appelés "Brasiguayos", ne peut être l’œuvre que d’un gouvernement à majorité vraiment progressiste. En fait, les parlementaires libéraux de la PLRA font la sourde oreille, comme ils l'ont fait sous le gouvernement de Fernando Lugo. Comme l'a dénoncé publiquement à l'époque du P-MAS la députée Rocio Casco : "Les Libéraux et les Colorados sont complices d'une grande arnaque qui a commencé à l’origine sous la dictature et qui se poursuit jusqu'à nos jours. En effet, 7 millions d'hectares de terres publiques qui, selon la Constitution, auraient dû être distribuées aux paysans pauvres, ont été escamotées grâce à des documents et des cessions falsifiés ou des occupations authentiquement illégales, notamment par les Brasiguayos".

Tous les parlementaires du Partido Colorado, tout comme la majeure partie de ceux du PLRA, et tous les nouveaux latifundistes brasiguayos sont propriétaires d’immenses fermes, où on élève des milliers de bovins et où on cultive, sur des milliers d’hectares, du soja, du coton ou du maïs à partir de semences transgéniques. La très grande majorité de ces propriétés, étaient à l'origine des terres publiques, qui ne leur ont coûté que ce qu’il fallait pour payer ceux qui ont falsifié leurs actes de propriété ou autorisé leur occupation.

La corruption systémique a alors permis que la culture de la marijuana, et ensuite celle de la coca, commencent à se développer sur ces latifundia. Ainsi, le Paraguay est aujourd'hui le principal producteur latino-américain de marijuana qui, grâce à la corruption, est systématiquement exportée dans toute l'Amérique latine à bord de petits avions.

Malheureusement, le slogan définitif "Ahora se acabó !  [Maintenant ça suffit ! NdT] ne pourra se concrétiser que quand le gouvernement du Front Guasú aura la majorité absolue !

Notes

 1- Le journal ABColor a été depuis 1967 le porte-parole de la dictature de Stroessner, puis des gouvernements " démocratiques ", monopolisés par le Parti Colorado qui était le parti de la dictature.

2- ABColor, "¿Quién es Horacio Cartes ?"13 avril 2013, Asunción

3- Pluriel de « real », la monnaie du Brésil

4- Les "Brasiguayos" sont les enfants des petits propriétaires brésiliens qui, dans les années soixante-dix, instigués par la dictature militaire, bien qu'ayant leurs propres petites fermes le long du fleuve Parana - qui forme la frontière entre le Brésil et le Paraguay - ont émigré au Paraguay, occupant des régions entières, par la tromperie, les escroqueries et à beaucoup de violence ainsi que le silence du gouvernement du dictateur paraguayen Strossner, totalement soumis aux généraux brésiliens par le biais du projet hydroélectrique d’Itaipú.

Achille Lollo

Original: Paraguay: Frente Guasú, PLRA e movimento popolare

Traduit par Jacques Boutard

Edité par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source : Tlaxcala, le 2 juin 2018


 
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