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Brésil: Violence et haine de classe

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aut_139Bis1Quel lien peut-on établir entre l'assassinat de la conseillère Marielle Franco et les poursuites  pénales contre Lula? Comment lier la destitution illégitime de Dilma Rousseff et l’intervention militaire dans les favelas? Quels liens y a-t-il entre l'augmentation exponentielle de la violence contre les Noirs et les Noires et les records successifs que la Bourse de Sao Paulo est en train de battre ?

C’est un fil de sang appelé haine de classe. Une haine héritée de l'esclavagisme et de l'ordre colonial dans lequel elle prospérait. Les esclavagistes ne s'inquiétaient des esclaves que lorsque ceux-ci s'échappaient et créaient des quilombos / palenques [communautés dites de « nèg’mawons » dans les colonies françaises, NdT], ces espaces de liberté et de vie qui devinrent une référence pour tous ceux qui vivaient enchaînés.


Même pour ceux qui ne défendent pas Lula et suspectent que les accusations portées contre lui ont un certain fondement, il semble clair que sa condamnation et la chute  de Dilma ont ouvert les vannes d'une solide haine coloniale et massacreuse chez ceux d’en haut. C’est dans ce climat de hainequ’ a été assassinée Marielle, noire, féministe, lesbienne, née à La Maré, un complexe de favelas jouxtant la baie de Guanabara.

La particularité du Brésil, au moins dans ces années-ci, est que le 1% a le soutien d'une partie importante de la société, probablement entre 30 et 50% de la population: les vieilles classes moyennes, la partie des pauvres qui ont gravi certains échelons de l'échelle sociale et tous ceux qui rêvent d'imiter les plus riches. Ils détestent les pauvres parce qu'ils sentent l'épée de Damoclès de la précarité sur leurs têtes.

Cependant, je ne suis pas d'accord avec ceux qui croient que la réaction populaire vaste et juste au meurtre de Marielle configure une nouvelle conjoncture. Sans aucun doute, cela aggrave les expectatives de la droite et améliore celles de la gauche, avec ou sans Lula dans le scénario électoral. Mais les choses sont beaucoup plus profondes et, surtout, de plus longue durée.

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 Le Morro do Timbau, La Maré

Ceux qui connaissent un tant soit peu la Maré, le complexe de favelas de plus de 150 mille habitants où Marielle est née, savent que cela n'a pas commencé avec l'intervention militaire de Michel Temer. Plus d'un demi-siècle d'histoire permet d'assurer que la pression et la répression sur les favelé.es  n'ont jamais cédé, même sous les gouvernements de Lula et de Dilma.

Le plus anciens se souvient avec une certaine nostalgie du gouvernement de Leonel Brizola dans l'État de Rio de Janeiro (1983-1987). Avec son vice-président Darcy Ribeiro, lui aussi du Parti démocratique travailliste, ils ont  défendu l'autonomisation des pauvres, de sorte qu'ils ont été accusés de paternalisme. Brizola a ordonné à la police de s'abstenir d'invasions arbitraires dans les favelas et de réprimer les escadrons parapoliciers d'extermination. Plus de 200 policiers furent  poursuivis en justice. Son gouvernement a été l'exception dans la relation avec la population pauvre et noire.

Face aux  appels à l'unité (électorale) et à  la formulation d'un programme commun (de gouvernement) en cette année d'élection présidentielle, il convient de souligner la nécessité d'une politique qui démarque à la fois de  la confrontation et des institutions. Rarement, les esclaves affrontaient frontalement les propriétaires, car l'asymétrie était (et est toujours) brutale. Ils n'ont jamais eu la naïveté de rêver que leur liberté viendrait d’une cogestion des plantations avec leurs maîtres (équivalent du projet progressiste). Toute leur énergie a été mise dans la préparation de fuites, pour fonder des espaces de liberté tels que les quilombos et les palenques.

Que serait une politique ancrée dans la fuite du capitalisme, dans la création d'espaces de liberté et de résistance aux attaques des oppresseurs? Je pense que c'est ce que sont en train de faire les femmes qui combattent, les peuples autochtones les plus déterminés et, notamment, les zapatistes. Nous avons besoin d'une politique de type  quilombo / palenque ou communauté indigène / paysanne et populaire. C'est urgent, nécessaire et possible.

 

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Entrée du Quilombo urbain de Camorim, l'un des premiers de la Rio de Janeiro coloniale

C'est urgent car il nous faut démonter la logique de la confrontation frontale avec l'ennemi. Je ne défends pas la non-résistance, le non-combat, mais dans l'urgence de prendre soin de nous-mêmes en tant que peuples et classes, parce que le projet d’en haut est de nous liquider. Il a été répondu au meurtre de Marielle avec la même indifférence qu’à la disparition des 43 d'Ayotzinapa au Mexique. Le pouvoir défend la répression, tandis que les classes moyennes et les grands médias accusent les victimes. Ils disent que Marielle était une trafiquante de drogue.

Cela est nécessaire parce que nous devons regarder le long terme et ne pas consommer les quelques énergies collectives que nous avons encore dans des conflits qui ne mènent nulle part ou, pire, dissipent les énergies collectives sur l'autel électoral. Les corps qui préparent les fuites (du capitalisme, du patriarcat, de l'hacienda, du contrôle institutionnel) doivent être formés dans des temps et des espaces très différents de ceux des corps qui sont prêts à occuper des fauteuils dans les institutions.

Alors que certains ont besoin d’ être exposés en permanence sous les projecteurs médiatiques, les autres se préparent en silence à l'évasion. Lorsque l'asymétrie du pouvoir est aussi grande que celle observée entre  l’un pour cent et la moitié la plus pauvre, nous devons agir avec une extrême prudence et même en simulant l'obéissance, comme James Scott fait valoir dans Les dominés et l'art de la résistance. Ce sont des cultures politiques diamétralement opposés, entre lesquelles le dialogue est arduparce qu'elles parlent des langues différentes.

 

 

Le Complexe d'Alemão

 

C’est  possible parce qu'il existe déjà une politique de ce type (ancrée dans les quilombos et les communautés), comme le montrent  des dizaines d'organisations au Brésil, dans les favelas comme celels que j’ai pu connaître directement, ent dans le Complexo do Alemão et à Timbau (dans la Maré), à Brasilia et Salvador,

 

L’assassinat de Marielle est un message contre la nouvelle génération de militants noirs qui ont essaimé à partir des  mobilisations de juin 2013. Ce nouvel activisme tisse un fil de rébellion qui mène du quilombo des Palmares (1580-1710) à la première favela de Rio de Janeiro (Morro da Providencia en 1897), en passant par le Théâtre expérimental du Noir dans les années 1940 Ils sont en train de forger d'autres histoires, en bas et à gauche.

 

 

 

 

"La police qui tue sur l'avenue est la même qui tue dans la favela" : Protestations contre la tuerie d'une de dizaine de jeunes de La Maré par la Police Militaire,  en juin  2013...

 

 

...et sa commémoration un an plus tard, à La Maré

 

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Le Quilombo des Palomares, qui dura plus d'un siècle

 

 

Affiche d'un spectacle du Théâtre expérimental du Noir de 1953

Raúl Zibechi

Original: Brasil: Violencia y odio de clase

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source : Tlaxcala, le 2 avril 2018


 

 
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