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Scénario préélectoral colombien : une compétition idéologiquement centripète et territorialement centrifuge

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Capture_Ava_Gomez_Amlcar_Salas_OronoÀ un peu moins de quatre mois de l’élection présidentielle en Colombie, le scénario électoral - qui sera le prochain occupant du palais de Nariño ? – reste flou.

Sur le plan idéologique, les discours des candidats se sont tous fait centristes ces derniers mois et leurs propositions sont très similaires : le résultat reste donc une inconnue, d'autant plus qu’il dépendra aussi du poids respectif au niveau de chaque circonscription des mécanismes territoriaux du vote, avec la dispersion que cela implique en termes de facteurs décisifs d'une élection.

Par conséquent, toute spéculation sur les candidats ayant le plus de chances semble encore prématurée, principalement pour deux raisons: d'une part, les candidats n'ont pas été testés au préalable (certains le feront aux élections législatives et d'autres pas directement jusqu'au moment de l'élection présidentielle); d'autre part, les messages "négatifs" sur les candidats ont été rares, car jusqu'à présent – à quelques exceptions près - le ton entre candidats a été plutôt cordial et diplomatique, dans un climat où une bonne partie de la sympathie des médias en 2017 a été pour le candidat Germán Vargas Lleras.


C'est en considérant ces variables que les données de la récente enquête d'Invamer, sur les intentions de vote recueillies du 25 au 29 janvier 2018, doivent être relativisées; Gustavo Petro arrive en tête (23,5%), suivi de Sergio Fajardo (20,2%), Germán Vargas Lleras (15,06%), Humberto de la Calle (11%) et Ivan Duque (9,2%). La mesure ne prend pas en compte, par exemple, la capacité territoriale de leurs machines électorales - ou du moins ne les pondère pas - ni ne projette les candidats dans leur dimension nationale, relativement à leur présence dans tout le pays, et non dans une circonscription particulière , comme ce peut être le cas, par exemple, de G. Petro lui-même.

La forte volatilité du contexte oblige toutefois à rester prudent quant aux affirmations précises sur les possibilités de chaque parti politique ou coalition, puisque, pour le moment: (1) plusieurs candidats continuent à tester des formules, comme les libéraux, chez qui Clara Lopez serait candidate à la vice-présidence de Humberto de la Calle; et (2) les élections législatives de mars définiront plus clairement la force des machines électorales au niveau régional, en provoquant d’ultérieurs repositionnements de certains «leaders» communautaires qui pourraient s’inscrire dans des schémas différents pour la course à la présidence.

En termes d'appareil électoral, les circonstances et les points de départ sont très différents selon les candidats, et donc aussi les profils que ceux-ci peuvent développer. Il est clair que, par exemple, G. Vargas Lleras « s’amarre » dans la politique régionale non seulement avec son groupe Cambio Radical (Changement radical), mais, comme résultat de son travail comme vice-Président, il a aussi réussi à mettre dans sa poche plusieurs caciques musclés de la région caraïbe et des leaders du Parti de la U et du Parti conservateur. Mais en même temps cela a empêché Vargas Lleras d’ établir des propositions politiques claires ou cohérentes et fondées (comme cela a été mis en évidence plus d’une fois), la seule chose claire restant qu’il s’identifie toujours plus avec l’uribisme et son message de Non à la paix, tamisé avec un halo de - avec le message de l'Uribismo de No to Peace, tamisé par un halo de tiédeur qui permet à Juan Manuel Santos de continuer à parler de lui comme d’un fidèle et bon ami [1].

Le manque de propositions est également observable chez les uribistes, soucieux de renforcer dans les élections primaires le canidat choisi par Uribe, Iván Duque, qui jusqu'à présent ne décolle dans les sondages et ne convainc pas du tout les barons de son propre parti. Le remplacement d’Alvaro Uribe a été la maladie endémique du Centre démocratique, bien que les mécanismes territoriaux et la légitimité des décisions de son chef permettent que la fragilité de la candidature de substitution n’influe pas sur sa capacité à mobiliser le vote au niveau territorial, avec un potentiel projeté de 28%. Il est donc probable qu’Ivan Duque n’ira pas au-delà d'une répétition du sempiternel discours de la sécurité sans sortir des marges établies avec tant de zèle par Uribe pour fidéliser son électorat, et qui semblent « politiquement opportunes » à un moment où le désarmement des FARC n’a pas provoqué une meilleure perception de ce thème par les citoyens, bien au contraire. Il faudra voir dans quelle mesure la "déconstruction de l’uribisme" par la voie judiciaire finira par affecter cet espace.

Au sein de cette frange du spectre idéologique, l’engrenage des machines électorales, huilé par le clientélisme territorial et la pêche aux voix en échange de privilèges politiques, a un nouveau facteur déterminant qui peut jouer en sa faveur: la force acquise ces dernières années par les églises évangéliques en tant que facteur politico-électoral. La mobilisation du vote spirituel peut être la clé pour changer l'équilibre des forces entre ces deux options de droite, en tenant compte de la force dont elles ont fait preuve lors du référendum de 2016; conscients de cela, aussi bien Duque que Vargas Lleras ont fait plusieurs tentatives d’approches de quelques-uns des pasteurs ayant le plus d’influence électorale [2] .

De d'autre côté, outre le fait que l'engagement pour une « Colombie Humaine » a eu un impact intéressant comme proposition politique - au-delà du faible écho qu’elle a eu dans les grands médias - , Gustavo Petro (en tête des intentions de vote selon le sondage cité plus haut) semble être un pas en arrière en termes la structure organisationnelle par rapport à la « Coalition pour la Colombie », dont le candidat Sergio Fajardo - connu pour avoir été maire de Medellin et le gouverneur de sa province, Antioquia - pourrait représenter l'unité entre le Parti vert et le Pôle démocratique alternatif (PDA), ainsi que d'autres secteurs. Fajardo, grâce à un traitement généreux de la part des médias privés, a été gonflé comme l'alternative correcte du progressisme modéré. Son discours est le typique "attrape-tout" ou "Ni-Ni", et c’est sur la base de cette image qu’il a progressé ces derniers mois. Il reste à voir si cette situation ne va pas le desservir et si la fonction qu’il remplit pour le moment - être le candidat de contention des candidats progressistes et de centre-gauche, alors qu’il provient de la droite régional d’Antioquia et a des liens étroits avec son patronat - ne finira pas par liquéfier sa position.

Au milieu de ces options, deux candidatures connaissent, la première, une courbe descendante et la seconde, une courbe ascendante. Humberto de la Calle, même s’il a un peu revitalisé son image après sa « victoire » aux primaires libérales grâce à son art de jouer le jeu des médias et à l’élan donné par l’accompagnement de Clara Lopez, est en train de perdre espace et possibilités après son changement d'axe discursif, de plus en plus éloigné de la symbolique de son rôle de négociateur des accords de paix. Piedad Cordoba, de son côté, nourrit des espoirs grâce à deux avancées : elle réduit son image négative construite et historiquement stigmatisée par les médias et elle atteint progressivement une projection nationale à force de se concentrer sur une campagne centrée sur un discours qui tranche avec celui des élites politiques colombiennes traditionnelles.

D'ici le premier tour de l’élection présidentielle du 27 mai de cette année (et il y aura certainement un second tour le 17 juin), on peut espérer que plusieurs éléments et circonstances de changement apparaitront. Et si c’est le cas, ils viendront du jeu entre un fort conditionnement (centrifuge) territorial du recueil de voix par circonscription et le pari de construire un discours modéré sur le plan politique (centripète), mais qui remplisse les attentes fondamentales au cœur de la démocratie colombienne, marques contemporaines son système politique.

Notes

[1] http://www.eltiempo.com/politica/gobierno/santos-califica-a-german-vargas-lleras-de-leal-y-buen-amigo-y-le-responde processus -above-paix de-141800

[2] https://www.elespectador.com/elecciones-2018/noticias/politica/la-nueva-disputa-por-los-votos-cristianos-articulo-733714

Ava Gómez Daza  Amílcar Salas Oroño

Original: Escenario pre-electoral en Colombia 2018: una competencia ideológicamente centrípeta y territorialmente centrífuga

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source : Tlaxcala, le 23 février 2018


 
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