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Les assassinats de dirigeants sociaux: la guerre qui continue en Colombie

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aut_5929BisBien que le taux général d'homicides ait diminué avec l'accord de paix entre le gouvernement et les FARC-EP, la violence continue contre ceux qui défendent les droits des plus vulnérables, c'est-à-dire contre ceux-là même qui ont subi la guerre. Que se passe-t-il et que peut-on faire?

Les saumons

Memoria por los asesinatos a líderes sociales en Colombia

 Mémorial pour les dirigeants sociaux assassinés en Colombie

J'ai toujours été fasciné par les saumons. Je suis étonné par leur capacité à affronter et surmonter les obstacles. Les saumons affrontent une série de prédateurs pendant des mois et à l’pogée de leur vie, ils nagent à contre-courant pour se reproduire.

La vie des dirigeants sociaux en Colombie ressemble à celle de ce poisson extraordinaire.

Pendant des décennies, les dirigeants sociaux ont été la population la plus invisible du conflit armé. Si bien que le Centre national de la mémoire historique ne les a même pas mentionnés dans son document principal, le rapport Basta Ya. Ils ont été oubliés par l'État colombien dans son ensemble. Les gouvernements des 20 dernières années ont fait tout leur possible pour cacher la violence systématique subie par les dirigeants sociaux de Colombie.

De la société civile, le plus ancien témoignage de violence contre les dirigeants sociaux est celui du Centre de recherche et d'éducation populaire (CINEP). Mais la documentation la plus précise est fournie par le programme Somos Defensores (Nous sommes défenseurs), qui possède la base de données la plus complète et où environ 5 000 agressions contre des défenseurs des droits humains sont enregistrées.

Cette invisibilité, qui semble lapidaire pour les dirigeants sociaux, n'a pas été une excuse pour que ces «saumons» continuent leur combat. Au milieu de la guerre, ces militants sur le terrain local, régional, national et international ont brandi l’étendard de la sortie négociée du conflit comme le seul moyen de mettre fin aux hostilités et de chercher ainsi un pays différent.

Il y a vingt ans que l’on a commencé à entendre parler des «défenseurs des droits de l'homme» grâce à la déclaration des Nations Unies qui définissait qui étaient ces militants et établissait les obligations de chaque État membre vis-à-vis de ces hommes et femmes.

Mais en Colombie, nous les connaissions déjà, mais sous d’autres noms: nous les appelions leaders paysans, indigènes, afro, syndicaux, étudiants, féministes ou écologistes. Bien sûr, une fraction petite mais puissante de la population colombienne les appelait autrement, de manière péjorative : chusmeros (racailles), mamertos (cocos/bobos), revoltosos (agités), guérilléros, terroristes.

Le 27 janvier, le leader social et défenseur des droits humains Temístocles Machado a été assassiné à Buenaventura par des individus encore inconnus.

Aujourd'hui, malgré les années et l'avancée de la démocratie, l'élargissement du paquet des droits humains et la signature d'un accord de paix avec la plus ancienne guérilla du continent, les "saumons" continuent à mourir, mais pas de vieillesse.

Ministro de Defensa, Luis Carlos Villegas

Le ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas Photo Département US de la Défense

2017: plus de violence ciblée

La mise en œuvre des accords de paix avec les FARC-EP a une saveur aigre-douce.

Bien qu'il soit très important de reconnaître que le silence des fusils nous a permis d'avoir le taux d'homicides le plus bas des 30 dernières années - 24 pour 100 000 habitants -, ce taux d'homicide a explosé pour les défenseurs des droits humains. droits humains.

Selon les chiffres du programme Somos Defensores, les homicides contre ces militants ont augmenté depuis le début du processus de paix:

   En 2013, il y a eu 78 cas

   En 2014, 55 cas

   En 2015, 63 cas

   En 2016 80 cas

En 2017, le chiffre a franchi la barre des 100 cas et en 2018, la situation ne s'améliore pas et devient encore pire avec un record de 18 dirigeants tués au cours des 31 premiers jours de l'année.

Parmi les récents homicides de 2017 et de début 2018, les militants qui ont le plus grand nombre de morts sont les dirigeants paysans, des communautés, des collectivités locales et indigènes des zones rurales. Cela montre que la violence s’est concentrée sur les défenseurs pauvres des régions du pays où la guerre a toujours régné : des départements comme Antioquia, le nord de Santander, la vallée du Cauca, Cauca, Nariño, Meta, Córdoba et Chocó.

Ce sont des personnes ayant peu de possibilités d'accéder aux aides d'État: la même population qui fourni les morts de cette guerre qui ne finit pas.

C'est là que se pose la question à un million : qui les tue? La réponse est incertaine.

Selon les calculs historiques de Somos Defensores, la plupart des auteurs d’assassinats restent des inconnus (en partie à cause de l'immense impunité qui atteint 87% selon le rapport spécial STOP WARS - Stop à la guerre contre les défenseurs), suivi de groupes d'ascendance paramilitaire avec une participations dans une moindre proportion de forces de sécurité de l'État et de guérilleros.

Pour les autorités, les responsables de ces crimes sont de différents types et avec des motivations diverses, comme l'a souligné le procureur général Néstor Humberto Martínez ou même pour des "histoires de cul", comme l'a dit le ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas. Malheureusement, les deux fonctionnaires méconnaissent les motivations politiques qui ont toujours été derrière ces morts et ne font pas encore l’objet d’enquêtes approfondies.

Plus de 70 personnes ont été arrêtées pour des crimes de 2016 à 2018, mais aucune d'entre elles n’entre dans la catégorie des auteurs intellectuels, ce ne sont que celles qui ont appuyé sur la gâchette.

Líderes sociales.

Des dirigeants sociaux. Photo: ministère de l’Intérieur de l’Atlántico

Une série de défis

Dans ce contexte, les « saumons » sont confrontés au défi d'être des acteurs clé dans la mise en œuvre des accords de paix, car ce sont eux qui ont les contacts, la connaissance du terrain et des communautés, ainsi que l’expérience organisationnelle et de vie pour parler de paix au milieu de la guerre souterraine qui sévit toujours.

Ce sont eux qui entre 2014 et 2017 ont réussi la mobilisation politique des victimes, les progrès de la politique de l'État en matière de droits de l'homme et de protection, et ont empêché la stagnation des espaces tripartites (gouvernement - communauté internationale - société civile) afin d'assurer le respect des droits humains en Colombie et ils ont apporté de grandes contributions aux négociations de La Havane et de Quito.

L’État colombien fait face à une série de défis pour faire en sorte que les défenseurs restent en vie et poursuivent leur travail:

1.   Protection: On n’a pas encore fini d’harmoniser les mécanismes de protection existants (décret 1066 de 2015 et son programme de protection des personnes à risque) et ceux découlant des accords de paix (Commission sur les garanties de sécurité et de non-répétition).

Le gouvernement continue de protéger avec gardes du corps, gilets pare-balles, véhicules blindés et téléphones portables, mais la protection collective, celle qui est vraiment nécessaire, ne décolle pas, en dépit d'un décret d'application (décret 2078 de 2017) .
Tout est bel et bon sur le papier, mais à ce jour, il n'y a pas assez d'argent pour relever un tel défi. Actuellement, l'Etat protège 9 000 personnes et y investit plus de 150 millions de dollars par an. Le défi est de protéger pas moins de 15 000 personnes. Il n'y a pas non plus de capacité institutionnelle à répondre au volume de demandes de protection à venir.

2.   Prévention: Bien que le décret 1066 de 2015 et son programme de protection de personnes à risque disent que le volet prévention de ces violences est essentiel, en réalité, on n'a jamais été en mesure d'adopter des mécanismes efficaces pour le faire.

Les mécanismes existants, tels que le système d'alerte précoce (SAT), ne sont pas pris suffisamment au sérieux par le gouvernement. Un exemple est le Rapport risque 010-17 émis l'année dernière où on mettait en garde contre les dangers courus par plus de 200 organisations de défense des droits humains et leurs militants dans 24 départements du pays, mais à ce jour on ignore ce que le gouvernement a fait pour répondre à cet avertissement.

Dans le nouveau scénario de suivi des accords de paix, la composante de prévention devrait être une priorité si nous ne voulons pas continuer à compter les défenseurs morts. Pour y parvenir, il existe déjà un nouveau décret (décret 2124 de 2017) qui pourrait renforcer l'autonomie et l'efficacité du SAT. On verra bien s’il est appliqué.

3.    Enquêtes: même s’il faut reconnaître qu’en 2017 les services du procureur ont avancé comme jamais auparavant dans les enquêtes sur les crimes contre les défenseurs des droits humains, l'analyse de cette violence et des éventuels modèles communs entre ces crimes manque encore.

Un point très positif : le fait que le procureur général a reconnu qu’il il existe des indices de « systématicité » dans les assassinats de défenseurs, mais cette position devrait aboutir à des recherches approfondies qui révèlent les plans et les organisations criminelles derrière ces meurtres.

C’est seulement lorsque le saumon réussit à frayer dans des eaux plus calmes, en amont, qu’il se repose de son long voyage et se rappelle que la route qu’il a affronté et surmonté est la garantie que ses descendants auront la possibilité de vivre.

De même les défenseurs des droits humains et les dirigeants sociaux ont parcouru un long chemin pour arriver à cette paix négociée avec l’espoir que leurs descendants et, en général, leurs propres communautés, auront l'occasion de connaître un pays, avec moins de difficultés pour vivre dans la paix.

La Colombie a la responsabilité d’être à la hauteur de cette mission.

"Je suis un dirigeant social : venez me chercher"
L'an dernier, au moins 105 dirigeants sociaux ont été tués en Colombie, selon le Bureau des Nations Unies Unis pour les droits humains en Colombie. Photo Sara Gómez / Pacifistas

Carlos Guevara

Original : Asesinato de líderes sociales: la guerra que sigue viva en Colombia

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source : Tlaxcala, le 16 février 2018


 

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