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Macron à Tunis : quand l’hirondelle croit faire le printemps

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aut_2BisIl est venu, il a parlé (beaucoup), il a souri (tout le temps) : Emmanuel Macron vient de passer 48 heures à Tunis avant de s’envoler  vers Dakar, s’inscrivant dans une longue tradition de la Vème République. La Tunisie de Bourguiba et le Sénégal de Senghor furent les enfants chéris de la métropole, présentés comme exemples de « modération » face aux méchants qu’étaient Nasser, Ben Bella, Nkrumah et Sékou Touré. 60 ans après les indépendances, ces deux pays restent les chouchous de l’Europe social-libérale, droite et gauche confondues.

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Macron a déployé la grosse artillerie, promettant tous azimuts : 500 millions par ci, 100 par là, 50 par là-bas. La France va doubler sa « présence économique », une université franco-tunisienne va voir le jour, qui formera des étudiants de l’Afrique sub-saharienne. Six alliances françaises vont fleurir sur le territoire ifirqyen, qui accueillera le Sommet de la Francophonie en 2020. Une partie de la dette tunisienne à la France sera transformée en investissements. Bref, ça baigne dans l’huile.

L’huile : justement parlons-en. La Tunisie, un des plus gros producteurs mondiaux d’huile d’olive, exporte des centaines de milliers de tonnes du précieux liquide vers l’Union européenne – principalement l’Italie – en vrac. Cette huile, une fois conditionnée, est exportée comme « Made in Europe » dans le reste du monde. Arrivée à New York et Los Angeles, elle y atteint de tels prix astronomiques que les yankees ont inventé le vaporisateur d’huile d’olive pour assaisonner leurs salades. Les Tunisiens de base, en revanche, n’ont pas les moyens de mettre de l’huile d’olive dans leur salade méchouia, pas même vaporisée. Son prix est passé de 3,5 dinars en 2011 à 12-17 dinars en 2018. Donc moins de 20% de l’huile consommée par les Tunisiens est d’olive. 80% est de l’huile de maïs, tournesol, colza etc. importée d’Europe, qui coûte quatre fois moins cher. C’est que, voyez-vous, l’État tunisien subventionne les prix à la consommation des huiles importées mais pas ceux de l’huile nationale.

Ce n’est là qu’un exemple au ras des pâquerettes du pacte néo-colonial qui a fait de la Tunisie une sous-wilaya de l’Union européenne. Dès 1972, le gouvernement de l’époque, en rupture avec le « socialisme destourien » des premières années, instaure le Code investissements qui offre des avantages énormes aux entreprises européennes s’y installant, transformant pratiquement le pays en une grande zone franche. Puis, avec l’entrée en vigueur de l’accord d’association entre l’Union européenne et la Tunisie du grand démocrate Ben Ali, en 1995, la destruction des industries nationales est parachevée : les produits made in EU envahissent les marchés et supermarchés. Résultats : les Tunisiens bouffent des yaourts danone, des pâtes barilla, de l’huile lesieur, et des tomates issues de semences hybrides aux normes EU. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord, entre un tiers et la moitié des entreprises tunisiennes ont disparu, tandis que les filiales d’entreprises allemandes, françaises, italiennes, belges ont fleuri partout. 130 000 Tunisiens et Tunisiennes travaillent aujourd’hui dans 1 400 entreprises françaises installées dans le pays, pour des salaires mensuels moyens de 200 €. Et dans le paradis tunisiens, les patrons français et européens n’ont pas eu besoin de lois Macron pour tailler et corvéer la main d’œuvre servile à merci.  À en croire les plans de Macron, on devrait donc passer à 2800 et 260 000.

Les chargés de communication de Macron se sont empressés de mettre sur ses pages twitter et fessebouc une vidéo de 20 minutes montrant le bain de foule qu’il a pris à la Porte de France (ancien nom de Bab El Bhar, la Porte de la Mer), à l’entrée de la Médina. Selfies, mots doux, mais surtout une supplication : « Des visas, SVP ». Et une voix discordante : « Libérez George Ibrahim Abdallah ». Des amis tunisiens, en voyant cette vidéo, m’ont dit : « On a honte d’être tunisiens ». Nous avons donc décidé de rebaptiser la Porte Bab El Hchouma, la Porte de la Honte.

Pendant ce temps, les précaires de l’enseignement public continuent leur sit-in et grève de la faim, qu’ils ont appelé « Assoumoud » (la Résilience) et la population du bassin minier de Gafsa continue à bloquer la production de phosphates. Avec les mêmes revendications que lors de leur grande révolte de 2008. Pour eux, le printemps se fait encore attendre et ils sont sourds aux gazouillis de l’hirondelle élyséenne.

Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source : Tlaxcala, le 2 janvier 2018

Traductions disponibles: Español

 




 
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