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Le quoitidien francias Le Monde et le Venezuela: « liberté d’expression » contre « droit à être informé »

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Le chef d’un réseau de « pressetitution » expulsé du Venezuela

« L’envoyé spécial du Monde, Paulo Paranagua, a été refoulé par les autorités vénézuéliennes dès son arrivée à l’aéroport de Caracas, mercredi soir 28 juin, s’indigne en page 5 de son édition du 30 juin 2017, le directeur du quotidien Jérôme Fenoglio.

ParanaguaLe but de son déplacement était de rendre compte de la poursuite des manifestations de l’opposition et de l’intensification de la répression par le pouvoir, qui a déjà causé près de 80 morts depuis début avril. (…) Le Monde proteste contre cette entrave caractérisée à la liberté d’informer. »

Informer ? Vous avez dit informer ? Commencez, Monsieur, par vous mettre d’accord avec votre employé qui, dans la même livraison, quelques pages plus loin, ment un peu plus que vous en rajoutant dix unités au massacre imputé au président Nicolás Maduro : « La garde nationale (gendarmerie), la police et les groupes paramilitaires, dits “collectifs”, ont fait 90 morts et 1 400 blessés. »

Et si l’on plongeait un instant dans la réalité ? Paranagua a déjà été pris la main dans le pot d’excréments le 21 avril – « Deux manifestants ont été tués par balles, mercredi, lors de la “mère de toutes les manifestations” » – alors qu’il trompait les lecteurs en inventant de toutes pièces : « Un étudiant de 17 ans, Carlos Moreno [a été] tué d’une balle dans la tête » lorsque les opposants « ont été attaqués par des motards [les fameux “collectifs” inféodés au pouvoir] qui ont tiré et lancé des gaz lacrymogènes », tout comme « Paola Ramírez Gomez, à San Cristobal, dans des circonstances similaires ». Moreno, qui était sorti pour jouer au football avec quelques amis et non pour manifester, a en réalité été tué par Jonathan Ramón Camacho Delgado, dit « Jhonathan 38 », policier municipal du municipio Sucre (dirigé par un maire d’opposition) qui, en civil, s’est infiltré au cœur des manifestants et a tiré sur plusieurs personnes. Quant à Paola Ramírez Gomez, elle a été victime d’un des vingt-sept coups de feu tirés sur un groupe de motards depuis le troisième étage d’un immeuble par Iván Alexis Pernía Ávila, sympathisant de l’opposition.

Quelques poignées de délinquants manipulés (et pour certains payés) peuvent facilement provoquer des désastres irréparables. Depuis maintenant trois mois, chaque manifestation est suivie d’une phase insurrectionnelle au cours de laquelle des groupes de choc fascisants sèment le chaos, équipés de casques et de masques à gaz, utilisant cocktails Molotov, explosifs, armes létales et mortiers artisanaux [1]. Des victimes tombent dans tous les camps (six policiers et gardes nationaux ont été tués), et même souvent n’appartenant à aucun camp : civils assassinés parce qu’ils tentent de dégager ou contourner une barricade, jeunes hommes brûlés vif (deux morts et deux blessés dans un état très grave à Caracas et Barquisimeto) parce que les « opposants pacifiques » les ont pris pour des « chavistes ». Personne n’aurait donc mis Paranagua au courant ?

Pour Le Monde, « Henrique Capriles Radonski – ex-candidat à la présidence contre Hugo Chávez, puis Nicolas Maduro – a fait campagne au centre gauche, invoquant l’exemple de l’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva (20-21 décembre 2015) ». A quand « Jean-Luc Mélenchon, homme politique français de centre droit » ? Lula a toujours affirmé haut et fort son appui total au « bolivarien » Maduro. Chargée du maintien de l’ordre face à la violence extrême des commandos de l’opposition, la Garde nationale devient, dans un sous-titre affiché à la « une », le 16 juin dernier : « La guardia, bras armé du régime de Maduro. » Le vocabulaire n’est jamais neutre. Lira-t-on demain, si des protestataires contestent en France la réforme par ordonnance du code du travail : « Les CRS, bras armé du régime de Macron »  ? Sachant par ailleurs que nos « casseurs », si d’aventure il y en avait, sont des enfants de chœur comparés aux nervis politiques vénézuéliens… A-t-on déjà vu des policiers tués par balles entre La République et la Nation ?

« De nombreux élus et journalistes ont été agressés par les forces de sécurité. » Il est avéré que, dans un tel climat, un certain nombre d’incidents de ce type ont eu lieu. Condamnables. Mais encore faudrait-il que le quotidien vespéral des marchés ne charge pas la barque que d’un seul côté [2]. Journaliste de Televen, chaîne privée d’opposition, Yasmín Velasco, alors qu’elle se trouvait à Altamira pour couvrir les manifestations contre le pouvoir, a été molestée par un groupe violent… parce qu’elle portait un chemisier rouge. La professionnelle de TeleSur Adriana Sivori, touchée par un coup de feu à l’épaule, ne doit d’être encore en vie qu’à son gilet pare-balles : le 5 juin, dans le secteur d’El Paraíso (ouest de Caracas), clairement identifiée sur son casque et le gilet en question par un très visible « Prensa », elle a été la cible, ainsi que plusieurs confrères, de francs-tireurs de l’opposition embusqués dans un immeuble. Le 8 mai, une équipe de la chaîne télévisée Globovisión a été arrosée d’essence à El Rosal (est de Caracas). Le lendemain, après plusieurs jours d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux, Ricardo González, présentateur du programme « Zurda Konducta » sur la chaîne publique Venezolana de Televisión, a été l’objet d’un attentat alors qu’il se trouvait dans son auto [3].

« La procureure générale de la République Luisa Ortega, partisane de l’ex-président Hugo Chávez (1999-2013) a été la première figure du régime à dénoncer [les] exactions [des forces de l’ordre], rapporte Paranagua. Elle a critiqué l’usage excessif de la force contre des manifestants pacifiques. » En tant que telle, l’information rapportant la déclaration de la procureure est juste. Mais elle mérite interprétation. Depuis peu en rupture avec le pouvoir chaviste qu’elle va jusqu’à accuser de pratiquer « un terrorisme d’Etat », Luisa Ortega occupait la même fonction en 2014 lorsque, dans le cadre de l’opération « La Salida » (la sortie), destinée, aux marges de la loi, à renverser le président Maduro, une première vague de violence, similaire à l’actuel chaos, a secoué le pays (43 morts et plus de 800 blessés). L’opposition, l’insultait alors pour son « laxisme » à l’égard des forces de l’ordre et son « excès de rigueur » envers les manifestants.

Interrogée par le journaliste de la BBC Daniel Pardo sur la détention du maire d’opposition de San Cristóbal, Daniel Ceballos, elle répondait alors ainsi : le problème n’est pas « d’appeler à faire telle ou telle chose, mais d’appeler à prendre la rue. C’est d’occuper la rue, exerçant la violence, obstruant les voies, mettant le feu à des barricades, avec des objets dangereux, des armes et des substances incendiaires. Ceci est se soulever dans une attitude hostile que sanctionne notre code pénal. (…) Cette violence est le fait d’un groupe minoritaire, dans quelques municipios. Ce groupe minoritaire, en réalité, a réussi à dépasser les frontières du pays et à provoquer un impact au niveau médiatique, en particulier à travers les réseaux sociaux [4]. »

A situation similaire et également séditieuse, deux réponses diamétralement opposées : l’une lorsqu’on se considère partie prenante du pouvoir, l’autre quand, pour des raisons très mystérieuses compte tenu de la rapidité de la conversion, on a rejoint l’opposition. Il n’empêche… Paranagua qui, le 26 octobre 2016 – « Coup d’Etat chaviste au Venezuela » – la clouait au piloris – « les “populistes” (…) ont commencé par mettre au pas la justice » – adore désormais Luisa Ortega.

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Manifestation pacifique dénonçant l’Assemblée nationale constituante

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Partisans violents de la dictature appuyant l’Assemblée nationale constituante.

Une parenthèse au passage. Depuis le 20 avril, et dans le cadre d’une stratégie de la tension, la base militaire de La Carlota (Caracas) a subi dix attaques extrêmement déterminées, impliquant l’utilisation d’armes létales [5]. Le 21 juin, ce qu’on pouvait redouter a fini par arriver. Malgré l’ordre express donné aux forces de l’ordre de faire un usage contrôlé de la force – grenades lacrymogènes, canons à eau – , et alors que deux soldats avaient été blessés par explosifs, Arli Cleiwi Mñendez Terán, un sergent de la police aérienne, sous pression, a tué d’un tir d’« arme non autorisée » le jeune David Vallenilla (22 ans), qui le menaçait (ou non, l’enquête le déterminera) directement. Bien que le responsable ait immédiatement été mis entre les mains de la justice, le drame a permis un redoublement de la salve féroce des accusations contre la puissance publique et, bien sûr, le président Maduro.

En comparaison, quelle mesure, quelle absence de commentaires à charge et de réquisitoire furibond lorsque Le Monde (23 juin), à propos de la mort de Rémi Fraisse, décédé à l’âge de 21 ans sur le site de Sivens (Tarn), commente sobrement l’enquête qui s’achemine sur un non-lieu : « L’opération s’est déroulée dans un climat “quasi insurrectionnel”, rappelle le parquet, qui évoque des gendarmes “harcelés”, notamment par des tirs de projectiles, et des ripostes incluant l’usage de grenades lacrymogènes et de lanceurs de balles de défense. Une opération de maintien de l’ordre “extrêmement difficile”, résume le procureur Pierre-Yves Couilleau qui revient, en 137 pages de réquisitions, sur les nombreuses auditions de témoins et les rapports rédigés sur la “tragédie”. (…) Quant au gendarme J., le parquet estime qu’il ne peut lui être reproché un “mésusage” de la grenade. Malgré les nombreux témoins qui ont remis en cause la proportionnalité de l’action des forces de l’ordre, le procureur considère que les militaires ont agi de façon réglementaire et justifiée, faisant face à des violences et ne pouvant défendre autrement le terrain qu’il leur avait été ordonné de tenir. »

Disons pour expliquer la différence de traitement que Fraisse ne participait pas à une « révolution de couleur » alors que n’importe quel opposant, factieux ou assassin, de l’autre côté de l’Atlantique, est partie prenante (Paranagua, 28 avril) du « printemps vénézuélien ».

« Depuis le 6 décembre 2015, lorsque l’opposition a remporté les législatives, le président Nicolas Maduro refuse de reconnaître sa défaite, affirme le député [Julio] Borges [président de l’Assemblée nationale]. » Nous ne donnerions pas ce conseil à tout le monde, mais, avant de livrer sans recul à ses lecteurs n’importe quelle foutaise pourvu qu’elle provienne de l’opposition, Paranagua devrait lire… Le Monde  ! Même Marie Delcas, pourtant membre de son réseau, y rapportait le 8 décembre 2015 : « Immédiatement après la proclamation officielle du score, tard dans la nuit, le président Maduro est apparu à la télévision pour reconnaître la victoire de ses adversaires et appeler ses compatriotes à accepter « les règles du jeu et de la démocratie en paix et dans le calme”. »

En annonçant dès sa prise de fonction l’approbation d’une loi d’auto-amnistie pour tous les crimes et délits commis par des factions de l’opposition depuis le coup d’Etat contre Hugo Chávez (avril 2002) et l’objectif de « sortir du pouvoir » Maduro en six mois, c’est le premier président de l’Assemblée nationale, Henry Ramos Allup, qui a déclenché le bras de fer entre législatif et exécutif. Depuis, celui-ci n’a pas cessé, amplifié par une déstabilisation économique similaire à celle du Chili des années 1970 – niée d’ailleurs par la quasi-totalité des médias. Ce qui permet à Paranagua d’asséner des chiffres aussi absurdes que (20 avril 2017) : « Une enquête des trois meilleures universités de Caracas (Centrale, catholique et Simon-Bolivar) estime que la pauvreté touche 82 % des foyers ».

D’après la Commission pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepal), la pauvreté, passée de 48.6 % en 2002 a 32.1 % en 2013, augmente depuis à un rythme annuel de 2 % à 5 % en raison de la crise économique et politique [6].

Nouvelle venue dans ce lupanar médiatique, Mélina Monferrat signe dans la livraison datée 25 et 26 juin 2017 un « Au Venezuela, le combat de San Cristobal contre Nicolas Maduro ». « Les manifestations du 22 juin, écrit-elle, avaient pour but de soutenir Luisa Ortega, la procureure générale, menacée d’un procès pour « traîtrise » (sic !) après avoir notamment critiqué ce projet [d’Assemblée nationale constituante convoquée par le chef de l’Etat], qu’elle juge dangereux pour la démocratie. » Cette initiative fait effectivement débat, y compris au sein du « chavisme » (où elle provoque aussi intérêt et enthousiasme), et, tout comme le reste de l’opposition, la procureure générale peut, à titre individuel, y être opposée. On rappellera néanmoins à nos supposés « confrères (et sœurs) » que, en juillet 2014, depuis la prison de Ramo Verde où il est incarcéré pour sa responsabilité dans la convocation de « La salida » et les conséquences (43 morts) qui en ont résulté, Leopoldo López rejetait tout « dialogue » et, soutenant qu’elle pourrait permettre la réconciliation du pays, réclamait… une Constituante : « C’est le mécanisme le plus idoine pour changer le schéma et les dirigeants des pouvoirs publics de l’Etat et, éventuellement, convoquer des élections pour légitimer les fonctions des élus populaires [7]. » On rappellera également qu’à son terme, les travaux de l’ANC devront être approuvés par référendum – ce qui laisse tout le loisir à l’opposition, à défaut d’y participer, de la sanctionner (si elle a la majorité).

Dans sa haine de la gauche latino-américaine en général et vénézuélienne en particulier, Paranagua tombe souvent au niveau des « SAS » de feu Gérard de Villiers. Sans jamais étayer sa thèse d’un quelconque fait précis, daté, documenté, il peut ainsi affirmer (28 avril) : « Le danger principal pour les manifestants comme pour les habitants des quartiers populaires vient néanmoins des collectifs, des groupes paramilitaires qui se déplacent à moto et tirent dans le tas ou visent carrément la tête pour terroriser la population. » Il est vrai que s’ils tiraient dans la poitrine, la population serait beaucoup moins terrorisée !

A bonne école, ou sachant ce qu’on attend d’elle, Monferrat, après son passage à San Cristobal, près de la frontière colombienne, reprend donc à son compte la manipulation habituelle : « Les résistants, comme ils se dénomment eux-mêmes (…) comptent leurs morts aussi. Soixante-quinze officiellement (sic !) dans tout le pays (…) » Comme son chef, elle voit des « colectivos » partout, mais n’a en revanche jamais entendu parler de la présence des paramilitaires colombiens. Pas plus que des « chopos », armes artisanales utilisées par les nervis de l’opposition pour projeter des billes de verre ou d’acier – qu’elle attribue sans hésitation aucune aux forces de sécurité.

« Ce que les opposants à Maduro craignent vraiment, continue-t-elle, c’est de finir dans les geôles du Sebin, police politique que tout le monde accuse – rumeur invérifiable mais répandue – de nombreuses disparitions ». Que chacun relise lentement cette phrase (et la complète) : rumeur « invérifiable » (et donc invérifiée) « mais répandue » (et que nous contribuons à répandre). Et qui imprégnera le cerveau des lecteurs, du moins nous l’espérons…

Il n’y a pas si longtemps, le candidat à l’Elysée Emmanuel Macron devait démentir qu’il était homosexuel et en couple avec le directeur de Radio France Mathieu Gallet, rumeur ayant connu ses premières occurrences sur Twitter avant de tourner en boucle sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui c’est Le Monde, pourfendeur des « fake news » qui, utilisant des méthodes ignobles, dignes de la « fachosphère », répand ses propres faux grossiers dans un but partisan. Pauvre Hubert Beuve-Méry [8]…

Correspondante du quotidien à Bogotá, Marie Delcas, le 3 décembre 2015, avait déjà fait « presque aussi bien » : « Selon le quotidien espagnol ABC et le Wall Street Journal [quelle enquête digne d’une journaliste d’investigation !], M. [Diosdado] Cabello [alors président de l’Assemblée nationale], serait [serait !] sur la sellette de la justice américaine pour trafic de drogue et blanchiment d’argent. » « La rumeur lui prête une immense fortune », pouvait-on lire quelques lignes auparavant.

Dénonçant ces jours-ci l’expulsion de Paranagua, Jérôme Fenoglio précise : « Marie Delcas, avait déjà fait l’objet d’une mesure similaire le 31 août. » Disons que cette mesure aura au moins un avantage : vivant en Colombie, Delcas aura désormais plus de temps pour s’intéresser aux exécutions par les paramilitaires des paysans et militants de gauche (plus, récemment, de guérilleros des FARC démobilisés) – 45 victimes depuis le début de l’année, plus de 150 depuis 2012 –, dont ses lecteurs ne savent quasiment rien.

Comme il se doit, une forte visibilité a été offerte à la pétition lancée début juin par un groupe d’« intellectuels de gauche », altermondialistes ou écologistes d’Amérique latine, d’Europe et des Etats-Unis dénonçant la « dérive » de Maduro. Le soutien au gouvernement vénézuélien, accuse ce texte, « relève non seulement d’un aveuglement idéologique néfaste, mais il contribue malheureusement à la consolidation d’un régime autoritaire ». Toutefois, a regretté Paranagua, ce pamphlet « a été signée par peu de Français », signe de « l’indifférence d’une gauche hantée par les vieux rêves de révolution par procuration ». C’est peut-être aussi le signe que les progressistes sont de moins en moins nombreux à se laisser manipuler par le quotidien du soir. Celui-ci n’a-t-il pas oublié d’informer ses lecteurs qu’un autre groupe de personnalités intellectuelles, universitaires et politiques de gauche du monde entier a répondu au premier pamphlet ? Regroupés au sein du Réseau des intellectuels, artistes et mouvements sociaux en défense de l’Humanité, et sous le titre « Qui accusera les accusateurs ? », les auteurs considèrent que le Venezuela est victime d’une « guerre de quatrième génération ou d’une guerre de basse intensité » menée par les Etats-Unis et que « ignorer [cette] dimension conduit à développer des analyses superficielles ». Trop compliqué pour Paranagua !

Expulser Paranagua du Venezuela bafoue, on ne le contestera pas, la « liberté d’expression ». Mais sûrement pas son pendant : le droit du citoyen à « être informé » ?

Nul doute que le « dévoyé spécial » du Monde aurait rapporté, comme nous le faisons ici, la mise en examen, le 30 juin, au terme de l’enquête diligentée comme dans tout Etat de droit, de deux officiers de la Police nationale bolivarienne (PNB), Wilfredo Casanova et Carla Sayago, pour l’assassinat du jeune Luis José Alviarez Chacón (18 ans), le 15 mai, à Palmira, municipio Guásimo de l’Etat du Táchira.

Mais, selon une méthode éprouvée, il aurait aussi transformé en victimes du pouvoir – « lors de la répression des manifestations »… :

– Les trois gardes nationaux blessés par armes à feu lors d’un affrontement dans l’ « urbanisation Miranda » du municipio Sucre (Caracas), le 26 juin.

– Le sergent de la Garde nationale Ronny Alberto Parra Araujo, tué le 27 juin dans le secteur El Castaño de la ville de Maracay, alors qu’il tentait de contrôler une situation de violence.

– Giovanny González (24 ans), poignardé et brûlé vif le 27 juin par un groupe de fascistes « encapuchados » (masqués), parce qu’il avait l’air d’un « chaviste ».

– La femme attaquée et molestée dans le Centre commercial Ciudad Tamanaco (Caracas) par un groupe de partisans de l’opposition qui l’avaient prise pour Marlene de Andrade, présentatrice sur la chaîne de télévision publique Tves et épouse de Winston Vallenilla, son président.

– José Bravo, conducteur de camion, brûlé à 95 % par un jet de cocktail Molotov alors qu’il tentait d’éviter une barricade et d’échapper à la séquestration de son véhicule, et le motard qu’il a accidentellement tué – mort carbonisé – en reculant précipitamment (29 juin)…

Compte tenu de l’escalade en cours, la liste ne s’arrêtera malheureusement pas là.

Que Fenoglio, donc, cesse de pleurnicher. La mobilisation hautement proclamée contre la montée du Front national en France – si utile, entre parenthèses, au second tour d’une élection – n’est en aucun cas compatible avec la complaisance à l’égard, non de la droite lorsqu’elle agit démocratiquement, mais de l’extrême droite et des fascistoïdes vénézuéliens.

Maurice Lemoine pour La Pluma

Notes

[1Lire « Au Venezuela, la fable des manifestations pacifiques », Mémoire des luttes, 15 juin 2017 – www.medelu.org

[2Présent pendant vingt jours, appareils de photos au poing, au cœur des manifestations et des affrontements fin mai et début juin, l’auteur de cet article, plusieurs fois au contact impromptu des forces de l’ordre, n’a eu aucun problème et n’a constaté aucun débordement de ce type. Ce qui n’empêche évidemment pas qu’en d’autres circonstances ils puissent exister. Disons simplement qu’ils n’ont absolument rien de systématiques.

[3D’après le Syndicat national des travailleurs de la presse (SNTP), cité par Reporters sans frontières (RSF) le 27 juin, sur les 376 cas d’agressions ciblant des journalistes entre le 31 mars et le 24 juin 2017, 170 sont attribués aux agents des forces de l’ordre. Si l’on se réfère à ces chiffres, on en déduira donc (ce que ne fait évidemment pas RSF !) que plus de la moitié des exactions sont imputables à des membres, sympathisants ou manifestants de l’opposition.

[4BBC Mundo, 7 avril 2014.

[5Voir les photos accompagnant l’article « Au Venezuela, la fable des manifestations pacifiques » (Mémoire des luttes, op.cit.).

[6« Panorama Social de América Latina 2015 », Santiago du Chili, 2016.

[7El Universal, Caracas, 15 juillet 2014.

[8Gérant et directeur du Monde de sa création en décembre 1944 à décembre 1969, Hubert Beuve-Méry en fit un organe de presse de grande qualité, devenu au fil des années le « quotidien de référence ».

Publié par Le Grand Soir

Traduction disponible: Español

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