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La dactylo de Goebbels

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aut_5263BisBrunhilde Pomsel , l'un des secrétaires de Josef Goebbels, est morte le 27 janvier à 106 ans. Je l'avais interviewée en 1991 pour une série télévisée de la BBC sur la propagande cinématographique nazie. En 2011, le tabloïd Bild avait publié une entrevue «exclusive» d'elle, affirmant que c'était la première fois qu'elle parlait depuis la guerre, mais ils en avaient tiré très peu. Elle avait alors cent ans. Elle a dit qu'elle avait été obligée de prendre le travail parce qu'elle avait été une des dactylographes les plus rapides du Berliner Rundfunk (Radio Berlin), et qu'elle avait gagné 500 reichsmarks par mois.

Elle se rappelait que chaque jour quelqu'un venait faire une manucure à Goebbels. Elle ne savait rien des pires aspects du régime nazi, disant : «J'étais une vraie andouille, politiquement désintéressée avec des relations simples. La première fois que j'en ai entendu parler, c'était après ma libération». Elle a passé les dix derniers jours de la guerre dans le bunker du ministère de la Propagande, où les activités se poursuivaient. Elle a entendu parler du suicide de son patron le 1er mai 1945 et a passé les cinq années suivantes dans un camp de prisonniers russe. À sa libération, elle est retournée travailler à la radio, pour le Südwestrundfunk à Baden-Baden.

Je suis allée la voir dans son appartement de Munich. Elle avait les cheveux gris, était alerte et avait un regard acéré derrière ses lunettes. Les rebords des fenêtres de son appartement étaient remplis de géraniums. Elle avait cuit quelques délicieux biscuits. Je pensais combien il était étrange pour la fille d'un survivant de l'Holocauste de boire du café avec la dactylo de Goebbels.

Elle a travaillé pour le ministère de Propagande de 1942 à 1945, assise dans l'antichambre avec trois ou quatre autres secrétaires faisant les dactylos. Goebbels avait une secrétaire privée qui gérait ses agendas. Quand il arrivait au travail, il passait tranquillement devant les dactylographes; quand il partait, elles le saluaient formellement. Il était poli, quoique réservé. Il n'a jamais harcelé les secrétaires, bien que plusieurs d'entre elles fussent très jolies, vu qu'il réservait ses attentions aux actrices. Pomsel pensait qu'il avait un complexe d'infériorité à cause de son pied bot. Hitler était un «petit homme très laid» avec une voix horrible, mais Goebbels "avait un beau visage, il était toujours très bien habillé. Bien sûr, il était un peu petit, mais s'il avait eu 20 cm de plus, il aurait pu vraiment me plaire". (Vingt ans plus tard, elle a dit à Bild qu'il était un monstre froid et distant.) Quand Pomsel fut mise à la rue par un bombardement, Magda Goebbels lui a envoyé «une robe vraiment jolie». Elle est allée dîner quelques fois à la villa de Goebbels sur l'île de Schwanenwerder. Quand Goebbels prononça son discours de la «guerre totale» en février 1943, après la bataille de Stalingrad, il ordonna à son personnel d'y assister et Pomsel était assise directement derrière Magda.

La famille Goebbels avec le Führer

L'ambiance dans le bureau a changé de manière marquante après Stalingrad. Pomsel pensait que Goebbels se rendait compte que l'Allemagne perdrait la guerre, mais il n'y avait pour lui aucune possibilité de se rendre. Les gens qui étaient informés par les bulletins d'actualités cinéma de la Wochenschau croyaient encore en la victoire; Pomsel ne pouvait pas croire que les leaders allaient pouvoir continuer sans une arme secrète dans leurs manches. Il y a eu une projection du film Kolberg au bureau le 17 avril 1945, dans les derniers jours du Reich. Le film raconte la défense de la ville durant les guerres napoléoniennes. Le message était clair: «Nous devons rester forts et nous allons gagner». Goebbels se voyait jouer un rôle dans un film similaire à l'avenir. «Tenez le coup maintenant, écrivait-il, si bien que dans cent ans, le public ne huera pas et ne sifflera pas lorsque vous apparaîtrez sur l'écran».

Pomsel m'a dit, avec un certain plaisir, qu'elle pensait que Le Juif Süß était un bon film. Je lui ai demandé si elle pensait qu'il était anti-juif. Peut-être, "mais il était vraiment bien fait". Pomsel elle-même n'était pas antisémite, dit-elle: «J'ai eu une ami juive appelée Ewa Löwenthal. Je ne l'avais pas vue depuisun moment, puis je l'ai rencontrée dans le bus. Je lui ai dit que je travaillais au ministère de la Propagande. Ewa plaisantait qu'elle viendrait me voir. J'ai dit: «Eh bien, vraiment! Je crois qu'il vaut mieux pas". Je ne l'ai jamais revue. C'était très triste." Je lui ai répondu qu'Ewa avait probablement été tuée. Pomsel a semblé un peu surprise et mal à l'aise. J'ai pensé qu'elle n'avait peut-être jamais envisagé que les Juifs gazés étaient des gens réels qu'elle pouvait éventuellement avoir connu, que l'un d'eux aurait même pu être un ami. Quoi qu'il en soit, la mort d'Ewa n'avait rien à voir avec Pomsel. Je l'ai facilement imaginée en train de vérifier l'orthographe de Zyklon B sans arrière-pensées. Quand le Mémorial de l'Holocauste a ouvert à Berlin 14 ans plus tard, elle est allée vérifier le destin de son amie. Ewa avait été déportée à Auschwitz en novembre 1943 et n'a jamais été revue en vie.

Pomsel avait l'habitude de rencontrer les enfants Goebbels quand elle travaillait le samedi. Ils étaient «charmants sans aucune trace d'arrogance. Des enfants très gentils, agréables et bien élevés». Quand j'ai interviewé Wilfred von Oven, l'attaché de presse de Goebbels, il les a décrits à la maison de campagne de Lanke, «en rang, comme des tuyaux d'orgue. Je ne les oublierai jamais, tous dans leurs petites redingotes blanches. Les deux aînés étaient bruns, les trois suivants étaient très blonds. Mon préféré était Helmut; il n'était pas aussi brillant que les filles». De toutes les choses que Gœbbels avait faites, Pomsel ne pouvait lui pardonner d'avoir ordonné le meurtre de ses enfants alors que les Russes avançaient. Un médecin SS leur a administré des sédatifs- ils étaient âgés de 4 à 12 ans -, et Magda a ensuite broyé des gélules de cyanure entre leurs dents. N'étant pas à la hauteur de la tâche, elle a appelé le médecin personnel d'Hitler pour l'aider à terminer le travail. Magda et Goebbels se sont ensuite eux-mêmes suicidés. Peut-être, disait Pomsel dans un faible effort pour expliquer ses actes, a-t-il été victime de sa propre propagande sur les atrocités russes.

Pomsel appréciait son travail. Quand j'ai demandé si elle regrettait quelque chose qu'elle a fait, elle a dit: "Pourquoi le devrais-je? Je ne faisais que taper à la machine". Plus tard, elle ajouta que peut-être elle aurait dû être plus réfléchie. Mais les cinq années passées dans un camp de travail russe étaient «très injustes». En tout cas, si elle regrettait quelque chose, c'était d'être restée à son poste, à trier et archiver des notes de service, jusqu'au bout.

Karen Liebreich

Original: Typing for Goebbels

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Traductions disponibles : Español 

Source : Tlaxcala, le 13 février 2017

 




 

 

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