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Déplacement urbain et migration en Colombie

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Afin d’intervenir de manière plus adaptée auprès des PDI et d’améliorer la planification et les politiques urbaines pour le PDI, les migrants et les communautés locales,il est important de comprendre le déplacement forcé vers les zones urbaines de Colombie dans le contexte de la migration rurale-urbaine.

Selon les données existantes, 93 % des personnes déplacées en Colombie ont été déplacées en zone urbaine. Dans le même temps, le pays a connu au cours des dix dernières années une intense migration rurale-urbaine.

La population de Bogotá est constituée d’environ sept millions d’habitants et comprend à la fois la plus grande population de migrants et la plus grande population de PDI de tout le pays – elle abrite 270 000 personnes déplacées de l’intérieur. Ces deux phénomènes sont deux conséquences différentes provoquées par un même facteur : la migration rurale-urbaine, historiquement entraînée par l’inégalité de l’accès aux terres, a fait naître des tensions entre les propriétaires terriens et les paysans et mené finalement au conflit armé et aux violences qui continuent de provoquer les déplacements forcés. A ce jour, il est difficile de différencier les raisons économiques de la migration des raisons liées directement aux conflits, à la violence et aux violations des droits humains. Cela complique le processus d’enregistrement des PDI et explique en partie pourquoi seule la moitié environ des PDI de Bogotá est enregistrée. Comme migration et déplacement coexistent, de nombreux PDI ne sont pas conscients qu’ils possèdent des droits en tant que personnes déplacées contre leur gré et, en conséquence, ne cherchent pas à se faire enregistrer.

Le système d’enregistrement qui se doit, selon la loi, d’enregistrer les PDI après avoir entendu seulement un compterendu oral des causes et circonstances du déplacement, éprouve des difficultés à différencier les personnes qui sont véritablement des PDI des autres qui sont des migrants économiques. Ainsi, en pratique, l’enregistrement des PDI finit par ressembler au processus de Détermination du statut de réfugié (DSR) mené pour les réfugiés. Cependant, il est évident que le processus d’enregistrement des PDI n’est pas doté des mêmes protections procédurales que la DSR et qu’il n’est pas conçu comme un processus de sélection, bien qu’en pratique il en soit un. Il est apparemment conduit avec un degré élevé de subjectivité et d’arbitraire, ce qui résulte dans l’exclusion de personnes qui mériteraient en fait d’être enregistrées.

Une autre implication de ce grand flux mixte, que l’on retrouve dans la plupart des villes à forte croissance abritant des PDI dans tous les pays en développement du monde, est l’émergence d’implantations informelles et de marchés fonciers non officiels autour de Bogotá. Certaines localités autour de la ville sont devenues des implantations florissantes qui se sont finalement annexées d’elles-mêmes à la ville, à la suite d’un processus d’expansion urbaine.

C’est précisément dans ces implantations autour de Bogotá que s’établissent les PDI. Après être restés dans leur famille ou chez des amis pendant un court laps de temps, les PDI cherchent à satisfaire leurs besoins de se loger en achetant ou en louant un abri. Pour accéder au marché foncier et immobilier formel, un pouvoir d’achat bien plus important que celui dont disposent en général les PDI est nécessaire, tandis que pour accéder aux allocations logement, il faut faire preuve d’un historique financier et d’antécédents en matière de crédit que de nombreux PDI ne peuvent démontrer. En conséquence, la plupart des PDI gravitent par nécessité autour des implantations informelles. Parfois, ces processus ont entraîné des expulsions en masse, alors que dans d’autres cas les municipalités ont légalisé les implantations et fourni de l’électricité et un service de traitement des eaux usées.

Le déplacement vers de grands centres urbains comme Bogotá signifie aussi que les PDI mettent beaucoup de temps à accéder à l’aide humanitaire à laquelle ils ont droit. Une enquête a révélé qu’à Bogotá, où les longues procédures et la bureaucratie sont la norme, il peut s’écouler jusqu’à deux ans entre le déplacement et la première aide humanitaire administrée dans la ville. Cela mine la patience des PDI, et plusieurs d’entre eux préfèrent alors se tourner vers des réseaux de soutien informels.

Développement et politique humanitaire

Au niveau national, les données indiquent que 98,6 % de la population de déplacés vivent en-dessous du seuil de pauvreté et que 82,6 % sont officiellement classés comme vivant dans une pauvreté extrême. Ces taux contrastent fortement avec les 29,1 % et 8,7 % que l’on retrouve respectivement pour le reste de la population. A Bogotá, le revenu des PDI est en moyenne de 27 % inférieur à celui de la population résidente pauvre.

Le soutien au développement est indispensable, à long terme, dans des villes comme Bogotá, où la majorité des PDI semblent avoir les mêmes aspirations que les migrants, c’est-à-dire de s’installer dans la ville de manière permanente. Comme le déplacement vers Bogotá est à la fois régulier et continu, il est nécessaire de fournir simultanément une assistance humanitaire aux nouveaux arrivants et un soutien prolongé à la grande majorité qui reste à Bogotá après les trois mois de la phase d’assistance humanitaire. Pour que l’installation dans la ville de déplacement se transforme en solution durable, il faut que les PDI puissent exercer l’ensemble complet de leurs droits, sans discrimination, au moins à un niveau semblable à celui des membres de la population non déplacés.1

La plupart des autorités municipales de Colombie considèrent le déplacement interne comme un phénomène national dont les implications locales doivent être traitées par le gouvernement national.2

En conséquence les municipalités (à part quelques exceptions) n’incorporent pas automatiquement le déplacement à leurs plans de développement local ou municipal et ne se considèrent pas responsables de l’affectation des ressources spécifiques pour répondre à ce phénomène, en particulier dans le domaine du développement à long terme.

De récents changements juridiques visant à résoudre ce problème ont déterminé que les responsabilités doivent être partagées entre les autorités locales et le gouvernement national.

Néanmoins, le degré de partage des responsabilités n’est pas clair et la part des coûts qui doit être couverte par le gouvernement central, en particulier pour le soutien socio-économique de longue durée, n’est pas définie.

Bogotá a commencé à intégrer des programmes spéciaux destinés aux familles de PDI qui ne bénéficient plus du réseau de soutien d’urgence des trois premiers mois. L’un de ces projets comprend un programme de protection social destiné spécialement aux familles de PDI et intitulé « Bogotá, une ville positive pour une vie meilleure »3, incorporé au plan de développement de Bogotá. Toutefois, de tels projets restent ponctuels, et leur impact n’a pas été évalué. Quoi qu’il en soit, il reste encore beaucoup à faire pour garantir que la planification municipale et les politiques de développement englobent la protection sociale des PDI s’installant en ville, et pour évaluer l’impact des programmes actuels.

*Sebastián Albuja ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) est analyste national pour l’Observatoire des situations de déplacements internes (IDMC) (http://www.internal-displacement.org).

Marcela Ceballos ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) est maître de conférences à l’Institut d’études urbaines de l’Université nationale de Colombie (http://www.redBogotá.com).

1. Projet Brookings-Bern sur le déplacement interne, « When Displacement Ends: A Framework for Durable Solutions » (« Lorsque le déplacement prend fin : Un

cadre pour des solutions durables »), 2007, p11.

2. Voir aussi l’article d’E lizabeth Ferris, p39.

3. «Bogotá positiva para vivir mejor »

 

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