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Conflit armé interne

Depuis cinquante ans, la Colombie connaît un conflit armé où des guérillas marxistes (notamment les Forces armées révolutionnaires de Colombie – FARC - et l’Armée de libération nationale - ELN) disputent le pouvoir au gouvernement. Dans ce conflit se sont aussi impliquées des milices d’autodéfense appelées communément « paramilitaires ». Ces groupes correspondent à des bandes criminels financés par le narcotrafic et par des entrepreneurs, entraînés par l’armée colombienne et soutenus par plusieurs politiciens.

Ce conflit a donné lieu à de graves atteintes aux droits humains, particulièrement dans les zones rurales de certaines régions. De 1982 à 2007, la population civile du pays a été victime de plus de 3 500 massacres, 15 000 disparitions forcées et plus de 5 000 dirigeants politiques de gauche ont été assassinés. Toutes les parties ont bafoué le droit international humanitaire et ont notamment commis des crimes contre l'humanité. Les FARC et l'ELN ont commis des atteintes aux droits humains et se sont rendues responsables de violations graves et répétées du droit international humanitaire, notamment de prises d'otages et de meurtres de civils. Les paramilitaires sont responsables de plusieurs massacres pour terroriser les paysannes, les autochtones et les communautés afro-colombiennes et les pousser à abandonner leurs terres riches en ressources. Les paramilitaires ont aussi volé des millions d’hectares à leurs victimes pour préparer le terrain à l’investissement étranger dans l’exploitation minière et pétrolière, ainsi que dans les plantations de palmiers africains de la grande industrie agricole.

Sous prétexte d’une guerre de contre-insurrection, prennent naissance une série de mécanismes de répression contre la population civile, tels que les assassinats sélectifs, massacres, tortures, disparitions forcées, déplacements forcés, montages médiatiques et criminalisation des mouvements sociaux. En fait, la Colombie est l’un des pays les plus dangereux pour les défenseurs de droits humains, tout comme pour les syndicalistes (45 assassinés en 2009), les étudiantEs qui réclament leur droits à une éducation accessible, les journalistes critiques du gouvernement, ainsi que pour les paysanne qui osent  défendre leurs terres et dénoncer les intérêts économiques qui se cachent derrière les crimes de guerre et crimes contre l’humanité dont ils sont victimes.

Déplacement interne

La Colombie possède actuellement l’une des plus importantes populations de déplacées au monde. Selon les rapports du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés, il existe entre 3 et 4 millions de déplacées internes en Colombie, soit qui ont été obligés de fuir leur foyer et de trouver refuge ailleurs dans le pays. Cette tragédie humanitaire est plus importante en quantité que  l’Irak, le Congo ou le Soudan, qui connaissent aussi des conflits de haut intensité.

Chaque année, des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants rejoignent les millions de personnes déjà déplacées à l’intérieur du pays. Pour la seule année 2007 ont été recensés 305 000 nouveaux déplacées internes. En plus, on estime que 500 000 personnes se sont réfugiées dans d’autres pays, dont le Canada. L’ampleur de la tragédie peut occulter derrière des chiffres les souffrances qu’endure individuellement chacune de ces personnes. Certaines sont déplacées pour des périodes relativement courtes ; d’autres ne sont pas rentrées chez elles depuis des années et craignent de ne jamais pouvoir le faire. D’autres encore sont sans cesse déplacées, ce qui les rend plus vulnérables, renforce leur exclusion et les plonge dans une pauvreté extrême.

En Colombie, les déplacements forcés correspondent souvent à l’expulsion de paysannes à cause du conflit interne et à la confrontation des groupes armés illégaux. Cependant, le déplacement est de plus en plus lié au profit de mégaprojets et à la violence exercée par des groupes paramilitaires, qui ont mis en marche une véritable contre-réforme agraire qui se caractérise de plusieurs façons : urbanisation importante dans des conditions de vie terribles, augmentation de la taille des parcelles cultivées et concentration de leur propriété entre les mains d’une minorité.

Les impacts sociaux des déplacements

- effritement du tissu social
- augmentation de la précarité économique individuelle
- augmentation de la pauvreté urbaine
- perte identitaire (pour les autochtones / afro-colombiens)

Mégaprojets

La majorité des cas de déplacements forcés qui ont lieu dans le pays sont attribuables à des groupes paramilitaires. Ces groupes intègrent un projet d’appropriation des terres fertiles pour la conduite de projets agro-industriels. Selon les chercheurs, là où les populations ont été obligées de partir de chez elles, les groupes paramilitaires auraient pris possession d’au moins 6 millions d’hectares de terres productives, ce qui représente 10,8% de la surface agricole du pays. Ainsi, le déplacement forcé et la concentration des terres font partie d’une même stratégie néolibérale.

La capacité à générer de la richesse de la part des grands propriétaires terriens prime sur la restitution des biens des déplacées, même si ceux-ci sont victimes de crimes dits de lèse humanité. Ainsi, les politiques économiques du gouvernement sont au service des intérêts des grands propriétaires terriens et des entreprises multinationales. Par exemple, le gouvernement promeut des projets de culture de la palme à huile sur les terres des déplacées, comme dans la province du Chocó, et, pour le faire, il sollicite des emprunts auprès de la Banque interaméricaine de développement.

D’autres cas inquiétants ont lieu dans les territoires des peuples autochtones, où on développe la construction de barrages hydroélectriques et l’exploitation des ressources naturelles, tels que le pétrole et les mines. Tous ces projets menacent l’intégrité des cultures et traditions autochtones et sont encouragés par le gouvernement en faisant fi  des droits de ces communautés, droits protégés par la constitution colombienne et la législation internationale. Ces modèles de développement qui favorisent la construction de méga-infrastructures comme des barrages, des autoroutes, la canalisation de cours d’eau, constituent une atteinte aux droits humains, aux droits sociaux, économiques et culturels des peuples.

Le gouvernement allié avec des responsables des crimes contre l’humanité

Environ 80 membres du Congrès font l’objet d’une information judiciaire en raison de leurs liens présumés avec des groupes paramilitaires. Tous ceux qui sont issus de la coalition du gouvernement d’Alvaro Uribe font l’objet d’enquêtes liées à des crimes tels que la collaboration avec les paramilitaires dans les massacres et le déplacement forcé, l’enrichissement lié au trafic de drogues et la collusion dans la fraude électorale. Un exemple déconcertant : le chef des services secrets colombiens a été accusé d’avoir informé les groupes paramilitaires des actions de l’armée.

Selon les enquêtes en cours, plusieurs dirigeants politiques et hauts fonctionnaires colombiens auraient bénéficié d’alliances avec les paramilitaires via l'intimidation et les actions armées de ces groupes contre la population civile. Comme suite à l'amnistie de 2005 et à la démobilisation relative des paramilitaires, certains d’entre eux ont obtenu des postes dans les conseils municipaux, les assemblées municipales ainsi qu'au Congrès et dans d'autres organes étatiques. D'un autre côté, certains politiciens sont accusés de détournement de fonds, utilisés pour financer les groupes armés illégaux, et auraient aussi organisé des fuites facilitant leurs opérations, notamment des massacres, assassinats, déplacements forcés de population afin d'augmenter leur puissance.

L’impunité et la Cour pénale internationale

La Cour pénale internationale (CPI) a fait des visites avec l’objectif de recueillir des informations sur les enquêtes et procédures visant des militaires et des politiciens en Colombie, y compris des membres du Congrès, qui auraient joué un rôle dans les crimes contre l’humanité commis par les paramilitaires et les milices.

Parallèlement, la CPI s’est montré intéressée par le sort des 15 chefs paramilitaires extradés par le gouvernement vers les États-Unis en mai 2008. En les extradant pour qu’ils soient jugés pour trafic de stupéfiants aux États-Unis, le gouvernement Uribe s’assure ainsi de leur impunité en Colombie, où ils risquent de ne jamais être jugés pour les crimes contre l’humanité qui leur sont imputés. Les défenseurs de droits humains soulignent que ces extraditions entravent les enquêtes en cours contre les 80 parlementaires pour leurs relations avec les paramilitaires et l’implication de militaires dans des massacres.

Différentes organisations internationales, dont la CPI et Human Right Watch, ont également mis en lumière les insuffisances des lois qui devraient garantir le jugement des chefs paramilitaires, puisque ceux-ci font fi des obligations internationales de la Colombie en matière de droits des victimes à un recours effectif et à la justice, et de répression des crimes contre l’humanité. Les défenseurs de droits affirment que le gouvernement colombien démontre,  en se soustrayant ainsi à ses responsabilités pénales, son manque de volonté de poursuivre les plus hauts responsables des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis en Colombie.

Exécutions extrajudiciaires commises par les forces de sécurité

Les exécutions extrajudiciaires sont des homicides illégaux et délibérés commis sur ordre d’un gouvernement ou avec sa complicité ou son consentement. Elles ont lieu généralement sur le territoire du gouvernement en question et sont effectuées par des forces régulières militaires ou de police, par des unités spéciales créées pour agir sans aucun contrôle ou par des agents civils travaillant avec les forces gouvernementales ou avec leur complicité (source : Amnistie internationale).

Lors d’une visite effectuée dans le pays en novembre 2008, la haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies a déclaré : « Des assassinats nombreux et systématiques de civils ont été commis pour les forces de sécurité colombiennes ». Malheureusement, les exécutions extrajudiciaires sont systématiques et généralisées en Colombie. Au moins 296 personnes ont été exécutées de manière extrajudiciaire entre juin 2007 et juin 2008, contre 287 entre juin 2006 et juin 2007.

Le plus grand scandale a été provoqué après l’accusation contre 27 militaires haut gradés de l’armée, dont trois généraux, d’être responsables de l’assassinat de dizaines de jeunes civils qui ont été présentés comme des guérilleros tués au combat. Ces victimes, auraient été kidnappées et exécutées par les militaires avec la complicité de groupes paramilitaires. Le scandale provoqué par cette affaire a contraint le gouvernement à admettre enfin que les forces de sécurité se rendaient coupables d’exécutions extrajudiciaires, ainsi que la démission du chef de l’armée, lequel avait été associé à des affaires de violations de droits.

Les syndicalistes en danger

Selon la Confédération syndicale internationale, la Colombie est le pays le plus dangereux du monde pour les syndicalistes. Plus de leaders syndicaux sont tués en Colombie chaque année que dans tous les pays réunis. Au cours des 25 dernières années, plus de 2 .600 syndicalistes ont été assassinés. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Alvaro Uribe, 474 syndicalistes ont été tués. Ainsi par exemple, pour la seule année 2008, le chiffre s’élève à 49, une hausse de 25% par rapport à l’année précédente (39). À cause de leurs demandes pour de meilleures conditions de travail, les victimes sont souvent accusées de sympathiser avec la guérilla, ce qu constitue un crime en Colombie. En effet, la plupart des meurtres sont commis par les groupes paramilitaires, qui reçoivent du financement et des contributions illégales de certaines entreprises telle que Chiquita Brands International. Très peu de crimes commis contre les syndicalistes ont fait l’objet d’enquêtes et encore moins ont eu comme résultat l’inculpation des auteurs des crimes. En fait, 97% des meurtres des syndicalistes ne sont jamais résolus.

Les lois syndicales sont loin d’être conformes aux normes minimales de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Les obstacles juridiques à la syndicalisation et à la négociation collective sont énormes. Cette situation, conjuguée à la violence, ont contribué à maintenir la taux de syndicalisation à moins de 5% au pays (à titre de référence, le taux de syndicalisation en 2008 était de 32% au Canada et 40% au Québec). Autrement dit, seulement un travailleur sur cent peut négocier une convention collective. En raison de l’énorme secteur de travailleurs non structurés et du taux de chômage élevé, la Colombie présent le taux de syndicalisation le plus bas de tous les pays de l’hémisphère de l’Ouest.

Source:CDHL, 10 mars 2010

cdhal.org/pays/colombie

 

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