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La civilisation, le suprémacisme humain et l’écologie

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aut_3586BisQuelques réflexions sur la civilisation, le suprémacisme humain et l’écologie :

Les plantes existent pour les animaux, et les autres animaux pour l’homme, les animaux domestiques pour son usage et sa nourriture, les animaux sauvages, sinon tous du moins la plupart, pour sa nourriture et d’autres secours puisqu’il en tire vêtements et autres instruments. Si donc la nature ne fait rien d’inachevé ni rien en vain, il est nécessaire que ce soit pour les hommes que la nature ait fait tout cela. C’est pourquoi, en un sens, l’art de la guerre est un art naturel d’acquisition (car l’art de la chasse est une partie de cet art) auquel nous devons avoir recours contre les bêtes et les hommes qui sont nés pour être commandés mais n’y consentent pas : cette guerre-là est juste par nature.

— Aristote (384–322, AEC)

La culture dominante, la civilisation industrielle, et ses formes précédentes (diverses civilisations), ont en commun certaines caractéristiques fondamentales, raison pour laquelle est aujourd’hui établie une sorte de continuité temporelle conceptuelle appelée Histoire, basée sur une idée de progrès (de progression). Des peuples pré-industriels deviennent ainsi industriels, puis post-industriels. On peut repérer cette continuité au fait que l’on utilise toujours l’appellation Homo Sapiens (Homme savant, ou sage ou intelligent) attribuée à Carl von Linné (1707–1778) — par ailleurs un partisan du racisme scientifique (il plaçait les blancs au sommet d’une sorte d’échelle de races, et l’homme noir en bas).

Mais on peut surtout repérer cette continuité par la perpétuation d’une idéologie dont cette appellation d’Homo Sapiens participe, et qui est aujourd’hui encore au centre de la culture dominante : celle du suprémacisme humain, flagrant dans la citation du Grec Aristote placée en introduction.

À cet effet, nous aurions également pu citer la Genèse :

Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

Ou le Romain Cicéron (106–43, AEC) :

Ce que la nature a fait de plus impétueux, la mer et les vents, nous seuls avons la faculté de les dompter, possédant l’art de la navigation ; aussi profitons-nous et jouissons-nous de beaucoup de choses qu’offre la mer. Nous sommes également les maîtres absolus de celles que présente la Terre. Nous jouissons des plaines, nous jouissons des montagnes ; c’est à nous que sont les rivières, à nous les lacs ; c’est nous qui semons les blés, nous qui plantons les arbres ; c’est nous qui conduisons l’eau dans les terres pour leur donner la fécondité : nous arrêtons les fleuves, nous les guidons, nous les détournons ; nos mains enfin essaient, pour ainsi dire, de faire dans la nature une nature nouvelle.

Ou encore Descartes et son Discours de la méthode (1637) :

Or, par ces deux mêmes moyens, on peut aussi connaître la différence qui est entre les hommes et les bêtes. Car c’est une chose bien remarquable, qu’il n’y a point d’hommes si hébétés et si stupides, sans en excepter même les insensés, qu’ils ne soient capables d’arranger ensemble diverses paroles, et d’en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées ; et qu’au contraire, il n’y a point d’autre animal, tant parfait et tant heureusement né qu’il puisse être, qui fasse le semblable. […] Et ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais qu’elles n’en ont point du tout. […]

Sitôt que j’ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j’ai remarqué jusques où elles peuvent conduire, et combien elles diffèrent des principes dont on s’est servi jusqu’à présent, j’ai cru que je ne pouvais les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer, autant qu’il est en nous, le bien général de tous les hommes. Car elles m’ont fait voir qu’il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu’au lieu de cette philosophie spéculative, qu’on enseigne dans les écoles, on peut en trouver une pratique, par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. […]

Ou bien l’influent philosophe français Saint-Simon, qui, en 1820, déclarait que :

L’objet de l’industrie est l’exploitation du globe, c’est-à-dire l’appropriation de ses produits aux besoins de l’homme, et comme, en accomplissant cette tâche, elle modifie le globe, le transforme, change graduellement les conditions de son existence, il en résulte que par elle, l’homme participe, en dehors de lui-même en quelque sorte, aux manifestations successives de la divinité, et continue ainsi l’œuvre de la création.

Sous des nuances et des formulations relativement différentes, on retrouve toujours une même idée de supériorité de l’homme sur toutes les autres espèces vivantes (et sa séparation vis-à-vis d’elles) : le suprémacisme humain.

Un des principaux signes de la folie de ceux qui se sont autoproclamés Homo Sapiens (anciennement Homo Sapiens Sapiens) c’est d’ailleurs cette auto-qualification suprémaciste d’Homme « savant » (anciennement savant savant), ou intelligent, ou sage. Fonder un rapport au monde sur une telle prétention originelle, sur un tel narcissisme, voilà qui annonce la couleur.

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Arbre du vivant

Arbre phylogénétique conçu par Haeckels (1879), qui incorpore une idée d’échelle des êtres : on y voit un tronc principal, donc une branche principale de l’évolution qui mène à l’Homme, produit terminal de l’évolution. Cette conception de l’Homme (civilisé) en produit terminal de l’évolution demeure implicitement (voire explicitement) dominante.
© Bibliothèque Centrale|MNHN, Paris 2009, Leçons familières sur les principes de l'embryologie et de la Phylogénie

Nicolas Casaux

Source : Tlaxcala, le 19 août 2017


 

 

 
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